« article précédent

article suivant »

Comment boirez-vous votre whisky en 2014?

Dix tendances qui vont façonner votre année maltée.

Une bouteille de whisky belge Belgian Owl. REUTERS/David Moir.

En matière de whisky, dix tendances se dégageront ou se confirmeront dans les douze prochains mois. Cette année, voici comment vous apprécierez votre malt.

1. En risquant le lumbago...

Vous serez nombreux à frôler le tour de reins pour attraper l’une de ces bouteilles de blends à moins de 15 euros qui poussent comme des pâquerettes à l’ombre des étagères inférieures des supermarchés. En France, elles concentrent plus de 90% des ventes de whiskies et les best-sellers s’appellent William Peel (17,5 millions de litres), Label 5 (10 millions), Grant’s (9 millions) et Clan Campbell (8 millions).

Pas un seul single malt dans le top 10, et c’est un peu votre faute! Même si, comme le prétend un proverbe écossais, «il n’existe pas de mauvais whiskies, il y en a seulement de meilleurs que d’autres», vous aurez compris entre les lignes quelle bonne résolution prendre dès janvier.

2. ...ou en cassant votre PEL pour vous l’offrir

Après la hausse des taxes, la tension sur les stocks de single malts a fait à son tour flamber les étiquettes. Tiré par la demande des marchés émergents, l’ancien tord-boyaux du peuple est devenu un produit de luxe. Comptez 25 à 30 euros pour un single malt de 12 ans, jusqu’à 50 euros pour une bouteille premium et plus de 70 euros pour des comptes d’âges à peine aptes à voter.

Le marché des malts premium, prestige ou ultra-premium est celui qui progresse le plus fortement: +10% et davantage selon les segments. Les riches collectionneurs n’hésitent plus à flamber des chèques équivalant au salaire horaire d’un footballeur «anti-système» pour acquérir des flacons qu’ils ne boiront jamais: dernièrement, une bouteille de Dalmore Brilliance 1926 a ainsi trouvé preneur à 250.000 euros. Ô tristesse.

3. Il sera plus jeune dans le verre…

Raréfaction des stocks de vieux whiskies, besoin de trésorerie chez les nouvelles distilleries, tentation d’augmenter les prix ni vu, ni connu… Tout concourt à voir arriver des eaux de vie de plus en plus jeunes et à supprimer les comptes d’âge sur l’étiquette. Les plus prestigieuses distilleries donnent le «la»: Macallan, Glenfiddich, Laphroaig, Talisker, Yamazaki…

Dans un mouvement contraire, sachez qu’en 2014, vous serez plus âgé pour les déguster! En dépit des efforts constants des marketeurs en kilt pour recruter les 18-24 ans, la jeunesse persiste à s’assommer à la vodka-Red Bull et boude la boisson de papa. Votre seconde bonne résolution: éduquer les générations montantes.

4. … et plus épicé

En moins de 12 mois, les «whiskies» aromatisés ont pris d’assaut les verres remplis de glace pilée. Techniquement, ils ne méritent pas le nom de whisky, puisque parfumés et embouteillés à 35° (au lieu de 40 minimum), et gustativement parlant… Bref.

A la manière du cruchon de Three Kings liquidé dans les Tontons flingueurs, on trouve de tout dans la bouteille: du miel essentiellement (Jack Daniel’s, Jim Beam, Paddy and Co en version Honey), des épices, de la vanille, de la cerise, de la pomme… Y en a! La tendance fait fureur aux Etats-Unis, mais attendons de voir si les Français (moins portés sur le sucré) suivent.

5. Vous succomberez au label «petit producteur»

Les malt-maniaques en quête de traçabilité se tourneront avec délectation vers les jeunes distilleries et les micro-distilleries qui, pour certaines, réhabilitent le souci du détail, des matières premières d’excellence et des modes de fabrication parfois vintage: Puni en Italie, Box en Suède, Corsair aux Etats-Unis, Glann ar Mor ou Eddu en France… Le phénomène des craft bourbons, les bourbons artisanaux, a bien réussi à dynamiter le marché américain en faisant gober que small is toujours beautiful. Rien n’est moins vrai, mais…

6. Vous ferez des infidélités à votre scotch préféré

Les whiskies que vous vous servirez cette année seront de moins en moins écossais et de plus en plus américains, irlandais, japonais (qui connaissent des progressions à deux chiffres) ou franchement exotiques. La puissance dominante de l’empire du malt ayant un peu tendance à ronfloter sur ses acquis, il commence à lui pousser de jolies cornes.

Les «whisky geeks» se délectent des Solist du Taïwanais Kavalan, des vieillissements accélérés de l’Indien Amrut, des maturations bizarroïdes du Suédois Mackmyra, des ryes épicés du Kentucky, de la bombe à tourbe du Tasmanien Hellyers Road…

7. Vous craquerez pour un whisky de nerd 3.0

Le nombre de distilleries et de single malts étant par essence limité, l’amateur doté d’une insatiable curiosité se tournera vers les assemblages de blenders et embouteilleurs indépendants dont l’imagination semble dénuée de brides et la conscience, de surmoi: ceux de John Glaser à la tête de Compass Box, d’Ichiro Akuto pour Ichiro’s Malts, les Exclusive Casks de Creative Whisky Company, la collection The Boutique-y Whisky Company de Master of Malt… La liste est longue, 365 jours n’y suffiront pas.

8. Vous le testerez en cocktail

La France, et en premier lieu Paris, fait un retour remarqué sur la scène du cocktail. Vous n’y échapperez pas. Fermez les yeux, oubliez qu’un bartender a mis (entre autres) du sucre dans votre malt et… Fichtre! C’est pas mauvais.

9. Ce sera un one-shot

En 2014, attention, la curiosité vous perdra. Votre quête effrénée de nouveauté fait fleurir comme jamais les éditions limitées, les small batchs (petites cuvées), les packagings collectors, les exclu duty-free, etc. Dans cet emballement, cela vous échappera de moins en moins, le marketing triomphe parfois sur le contenu. Forcément.

10. Vous serez responsable

Tous les observateurs du marché notent «une montée en gamme mondiale des sorties». Traduction: les Français comme les autres ont tendance à boire moins, mais mieux. Les ventes de blends premier prix commencent à se tasser (-3%, soit 2 millions de litres en moins); celles des single malts se maintiennent; mais celles des whiskies premium grimpe en flèche.

Appréciez le vôtre avec modération, sachant qu’une consommation excessive tend à engendrer des gueules de bois monumentales. Bonne année à tous et surtout: santé!

Christine Lambert

2 réactions

« article précédent

article suivant »

OUTILS
> taille du texte