Pour noël, offrez du liquide (du whisky pour changer)

Edimbourg, en 2010. REUTERS/David Moir

Edimbourg, en 2010. REUTERS/David Moir

Les Français aimeraient recevoir de l’argent liquide pour les fêtes. Nous vous proposons plutôt d’offrir de l’or, liquide lui aussi. Voici 10 whiskies qui vont vous secouer, rien que des nouveautés.

Plus qu’une huitaine de jours pour courir les boutiques, emballer les paquets et friser le bolduc avant de mettre (e.n.f.i.n.) les petits plats dans les grands et le foie gras dans le chapon pour se retrouver autour d’une tablée festive. Noël, joyeux noël, épreuve non olympique qui cumule le stress d’une course contre la montre et la fatigue d’un marathon.

Et pour cause : 66% des Français commencent à acheter les cadeaux en décembre, selon l’étude annuelle du cabinet Deloitte conduite les 28 et 29 novembre derniers. A cette date, 52% d’entre nous se demandaient encore quoi glisser sous le sapin, et 22% repoussaient la corvée, croisant les doigts pour un déclic de dernière minute, entre le 16 et le 24 décembre. Bonne chance…

Pourtant, en dépit d’un contexte économique qu’on a connu plus joyeux, 531€ attendent d’être dépensés pour les fêtes dans le porte-monnaie moyen, soit le 3e budget derrière l’Irlande (894 €) et l’Espagne (567 €), bien au-dessus de la moyenne européenne (450 €). Sur cette somme, 47% iront récompenser ceux qui croient encore au Père Noël: les enfants —surtout les vôtres (34% du budget), qui ont pris soin de vous alimenter régulièrement en listes très fournies.

Un scandale, si je puis me permettre cet aparté, au vu de la wish list de ces petits êtres réac au mauvais goût très sûr: en 2012, les jouets les plus commandés étaient des Playmobil, des poupées goths, des toupies et des Lego; en 2013, ils convoitent une fée volante, une Barbie papillon, d’autres Playmobil et un jeu fluorescent… Rien de neuf depuis 50 ans, mais à côté des envies des parents, c’est la fête!

La liste des adultes donne envie de réveiller les lutins en sacrifiant un ours en peluche par un soir de pleine lune. Nous espérons recevoir: un, de l’argent liquide ; deux, des livres. Moyennant quoi on se verra offrir: un, des livres ; deux, des chocolats.

Pour le chocolat et les livres, il faudra voir ailleurs. Pour le liquide, en revanche, voici un peu d’aide. Après les coffrets pour assurer, voici 10 bouteilles de whisky inédites, nouveautés et éditions limitées. Vous demandiez de l’argent: voici de l’or.

Un Islay diabolique: Bowmore Devil’s Cask

Une édition très limitée, exclusivement vieillie en fûts de sherry de premier remplissage, dont l’exotisme fougueux a de quoi dérouter chez Bowmore. Herbes sèches, oranges confites, cuir, tabac chocolaté se percutent avec délice comme de beaux diables. Le diable, celui que célèbre cette cuvée, fut supposément chassé de l’église de Bowmore. N’importe quoi!, rétorquerons-nous illico: cette chapelle est aussi ronde qu’un restaurant Courtepaille, or chacun sait que le diable se cache dans les coins. Qu’est-ce qu’on n’inventerait pas pour faire parler ! • 78 €, 56,9%.

Un vieux bourbon: Jim Beam Signature Craft

Creusant le filon des craft bourbons, ces whiskeys artisanaux produits dans les micro-distilleries, qui font un malheur aux Etats-Unis, le n°1 mondial du bourbon sort un small batch très réussi et très abordable pour ses 12 ans (soit 6 fois plus que la maturation réglementaire). Un concentré d’épices boisées sur vanille toastée qui laisse un long souvenir en bouche. • 31 €, 43%.

Un truc de geek: Kilkerran Work in Progress V

Un mois par an, la fine équipe de la distillerie Springbank rapplique à Glengyle, à quelques pas de là, pour poursuivre un «travail en cours» et fabriquer Kilkerran. La série des Work in Progress, sans mention d’âge mais dont les derniers avaient 7 et 8 ans, témoigne de l’évolution lente et continue d’un single malt. La version V (9 ans), qui vient tout juste de sortir, se décline pour la première fois en maturation en fûts de bourbon (fruité iodé) ou de sherry (miellé chocolaté). Très bien fichu et original. • 60 €, 46%.

Un Breton sauvage: Kornog Taouarc’h Trived 13 BC

La distillerie bretonne de Glann ar Mor régale depuis des années les amateurs de pépites confidentielles confectionnées à l’ancienne, dont ses expressions tourbées, les Kornog, font chanter les vents d’ouest qui lui donnent son nom. Il faut un peu ramer pour le trouver (tregorwhisky.com et quelques cavistes militants), mais on vous encourage vivement à chercher. La tourbe un peu fermière de cet embouteillage 2013 s’est civilisée dans les fûts de bourbon pour donner un jus à la fois épais et plein de vivacité. • 60 €, 46%.  

Un japonais d’exception: Yoichi Single Cask 1988 Heavily Peated

C’était l’un de mes coups de cœurs du dernier Whisky Live, un millésime de 25 ans d’âge vieilli en fûts de chêne neufs retaillés en butts (d’énormes barriques de 500 litres environ) pour limiter le contact du liquide avec le bois actif. Un brut de fût boisé, fumé et salin à la subtilité émouvante et changeante. Evidemment, il n’est pas donné, mais en rognant sur le budget cadeaux des enfants… • 185 €, 62%.

Un hybride made in Kentucky: Woodford Reserve Four Wood

Techniquement, ce n’est pas un bourbon mais plutôt une… expérience. Un feu de Bengale qui en fait voir de toutes les couleurs, et dont 1.600 bouteilles seulement se cachent en France. Cette série limitée élaborée à base d’un sweet mash de 4 grains (maïs, blé, orge, seigle) a successivement embrassé 4 types de fût et de bois : ex-bourbon, puis érable, ex-sherry oloroso et enfin porto. Une explosion de saveurs hot, hot, hot.91 €, 47,2%.

Un néo-branché: Puni Alba

Puni, la première distillerie italienne, dont le design a déjà beaucoup fait parler (un cube rouge posé sur les contreforts des Alpes, près de la frontière autrichienne), se fait remarquer avec un beau bébé qui n’a pas l’âge du whisky, mais dont on attend avec impatience qu’il grandisse. Alba est un triple malt (orge, blé et seigle) vieilli 12 mois en ex-fûts de marsala et de pinot noir qui fait sensation dans les bars – et c’est bien mérité. Pour les amateurs de sensations neuves. • 55 €, 43%.

Un revenant: Tamdhu

Avant sa fermeture en 2009, la belle endormie du Speyside alimentait les blends Cutty Sark, J&B ou The Famous Grouse. Rachetée avec ses stocks, elle se réveille pour offrir un single malt de 10 ans, riche,  au fruité épicé, élevé en ex-fûts de sherry (essentiellement oloroso), et embouteillé spécialement pour la France à 43% au lieu de 40. Une valeur sûre encore peu connue. • 53 €, 43%.

Un futur classique: Tormore 16 ans

C’est l’un des piliers des blends Ballantine’s, mais le propriétaire de la distillerie, Pernod-Ricard, a fini par estimer – à juste titre – qu’il méritait la lumière. En septembre, deux embouteillages officiels de ce single malt méconnu ont donc vu le jour en exclusivité pour la France, à 14 et 16 ans. Avec son nez fruité où fizze le gingembre et sa bouche onctueuse compotée de fruits d’automne vanillés, l’aîné mérite toute sa place dans la hotte qui descendra dans votre cheminée. • 62 €, 48%.

Un blend expérimental: Compass Box Great King Street Experimental Batch Peaty

Il a été présenté en début d’automne avec son frère Sherry, et Compass Box incitait à voter sur son site pour que la bouteille plébiscitée devienne un embouteillage permanent. Ce blend vibrant n’avait nul besoin de ce buzz orchestré. Il fait danser la tourbe (Laphroaig, Ardmore, Ledaig : on n’accepte que le beau linge) avec une fraîcheur étourdissante qui emballe un fruité bien équilibré et, malin, se présente en 50 cl pour ne pas racketter les amateurs un peu fauchés par les fêtes. Tout l’esprit de noël ! • 36 €, 43%.

Christine Lambert