Sciences / Life

L'étude selon laquelle les ouragans «féminins» sont plus meurtriers que les autres est biaisée

Temps de lecture : 2 min

L'ouragan Isabel vu de l'ISS | Wikimedia Commons
L'ouragan Isabel vu de l'ISS | Wikimedia Commons

Les ouragans portant des noms féminins sont plus meurtriers que ceux portants des noms masculins, selon les résultats d'une étude relayée par l'AFP et reprise sur bon nombre de sites d'informations français (Le Point, FranceTV Info ou Le Huffington Post, pour ne citer qu'eux).

Bien qu'alléchante, la conclusion tirée de ces chiffres est pourtant sujette à caution: publié dans le Proceedings of the National Academy of Sciences, ce travail explique que les ouragans aux noms féminins sont plus meurtriers car ils semblent moins menaçants. Les habitants en danger prendraient donc moins de précautions si l'ouragan qui s'approche s'appelle Irene plutôt que Bob.

Ed Yong, journaliste au National Geographic, a été chercher quelques précisions auprès de Jeff Lazo, un chercheur du National Centre of Atmospheric Research. Ce dernier a soulevé plusieurs biais à l'étude, estimant qu'au final tout n'est qu'une affaire de «hasard statistique».

Tout d'abord, l'étude s'appuie sur les ouragans qui se sont produits depuis 1950 aux Etats-Unis. Or, les scientifiques ont baptisé exclusivement les ouragans de prénoms féminins jusqu'à la fin des années 70. Ainsi, sur l'ensemble de la période, on dénombre 30 ouragans masculins contre 61 ouragans féminins. Qui dit plus d'ouragans féminins dit forcément plus de morts au final.

À Slate.fr on a repris les chiffres de mortalité des 52 ouragans survenus depuis 1979 (date à laquelle les scientifiques on commencé à alterner noms féminins et masculins) et les résultats ne sont pas vraiment significatifs: en moyenne, les ouragans «féminins» font 1,7 mort de plus que les «masculins». Pas de quoi conclure à une réelle différence, d'autant que le nombre de phénomènes étudié est faible.

Les auteurs se sont par ailleurs appuyés sur des expériences menées auprès d'étudiants de l'Université de l'Illinois pour conclure que les ouragans féminins paraissaient moins dangereux. Effectivement, ce tableau montre que les risques perçus face à un ouragan «masculin» sont supérieurs, mais de très peu. Et quand on demande aux participants s'ils iraient jusqu'à quitter leur domicile, les avis sont partagés.

Ces chiffres sont également critiqués par Jeff Lazo, selon qui interroger des étudiants de la région de Chicago, qui a connu peu d'ouragans, n'est pas représentatif. Pour valider cette thèse, il aurait fallu interroger des populations vulnérables.

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Un dernier point n'a pas été soulevé par Jeff Lazo et Ed Young, mais a pourtant son importance: un seul ouragan suffit à «déséquilibrer» l'ensemble des résultats, en l'occurrence Sandy, le dernier que l'équipe a étudié et qui, à l'automne 2012, a fait 159 morts.

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