Double XLife

Carnage de Isla Vista: quand la misogynie tue

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 25.05.2014 à 16 h 38

Des fleurs laissées en hommage aux victimes du carnage d'Isla Vista. REUTERS/Phil Klein.

Des fleurs laissées en hommage aux victimes du carnage d'Isla Vista. REUTERS/Phil Klein.

Elliott Rodger, un jeune Américain de 22 ans, a tué au moins six personnes avant de se suicider, samedi 24 mai. Il a d'abord poignardé trois personnes dans son propre appartement avant d'en abattre trois autres, des jeunes femmes qui se trouvaient devant le siège d'une sororité (les associations étudiantes américaines), et d'en blesser au moins treize autres à Isla Vista, près du campus de l'université de Californie à Santa Barbara.

Un des détails les plus remarqués sur l'affaire est que le meurtrier est le fils de Peter Rodger, assistant-réalisateur du film Hunger Games, mais un autre sujet anime les médias anglo-saxons depuis le drame: les propos tenus par Elliot Rodger sur les femmes. La veille des évènements, il avait en effet mis en ligne sur YouTube une vidéo où il s'en prenait avec violence aux filles qui le rejetaient, annonçant son intention de pénétrer un jour dans une sororité pour y commettre un «carnage». Il était aussi membre de PUAHate.com, un site regroupant des hommes se plaignant d'avoir été escroqués par les Pick-Up Artists, une communauté promettant, contre rétribution, des conseils de drague –nous avions consacré en 2011 un long article à ses émules français.

De nombreux médias estiment donc que ce drame ne doit donc pas être analysé comme l'œuvre d'un «fou» ou d'un «malade mental», mais à la lumière des effets mortifères que peut avoir la misogynie. Petite sélection, en commençant par le Guardian:

«Nous devrions déjà le savoir, mais cela vaut le coup de le répéter: la misogynie tue. [...] Si nous devons parler de cette fusillade tragique en termes de maladie, alors commençons par parler de notre maladie culturelle –une maladie qui consiste à refuser de voir la misogynie comme quelque chose d'évitable.»

Slate.com:

«Pourquoi sept personnes sont-elles mortes à Santa Barbara la nuit dernière? Il serait erroné d'attribuer ce crime aux forums de discussions qui se complaisent dans la haine de soi avant de la projeter sur tous les autres. Mais ils ne constituent certainement pas une solution. La misogynie et la violence contre les femmes constituent un problème social autant qu'individuel.»

PolicyMic:

«Ce qui s'est produit à Santa Barbara n'est rien d'autre qu'un crime de haine. [...] De nombreuses fusillades dans des établissements scolaires mériteraient le qualificatif de crimes de haine contre les femmes et les jeunes filles. [...] Les motivations d'Elliot Rodger semblaient être enracinées dans une haine profonde contre les femmes.»

The Belle Jar:

«Ce n'est pas un incident isolé. Loin de là. Non, la plupart des hommes ne se tuent pas de manière spectaculaire après être allés ouvrir le feu dans une sororité, mais il y a tellement d'exemples d'hommes se montrant violents envers des femmes après avoir été repoussés. [...] Elliot Rodger a participé à la tradition immémoriale consistant à contrôler les femmes par la violence et les punir quand elles ne se comportent pas comme désiré.»

Medium:

«Tuer des femmes parce que des femmes vous rejettent est l'acte d'un monstre, mais ce monstre n'est pas Elliot Rodger. Ce monstre chuchotait à son oreille que les femmes doivent du sexe aux hommes, et que celles qui ne s'y plient pas doivent être punies [...] Il lui disait que les femmes n'ont pas le droit de choisir comment disposer de leurs corps, et que le fait pour elle d'en refuser l'accès est cruel et injuste.»

Ou encore, en français, Ça Fait Genre:

«Il est urgent d’arrêter de dénoncer ce genre de discours comme étant le fait de personnes déséquilibrées. C’est une manière de dépolitiser la domination patriarcale, d’en faire une question de psyché individuelle. La misogynie est socialement articulée au sexisme et à une idéologie qui repose sur la glorification de la masculinité (du "mâle alpha") et sur la subordination, symbolique mais aussi concrète, des femmes.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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