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Les patrons préfèrent les employés matinaux: venez tôt au boulot

Andréa Fradin, mis à jour le 17.05.2014 à 10 h 51

"Sad man holding a pillow" par vic //  FlickR licence cc by

"Sad man holding a pillow" par vic // FlickR licence cc by

«Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.» Ou plus particulièrement, le monde du travail. Car selon une étude américaine menée par des chercheurs de l'Université de Washington, et à paraître ces prochaines semaines dans le Journal of Applied Psychology, les patrons préfèrent systématiquement les lève-tôt aux couche-tard. Et ce quoi qu'ils en disent: les spécialistes du management à l'origine de cette étude parlent d'un «biais matinal» qui pousse les chefs à considérer que les employés qui arrivent le plus tôt au boulot, sont aussi les plus conscienceux. 

«C'est tellement systématique que les managers notent mieux les employés qui arrivent tôt que ceux qui arrivent et repartent plus tard, et ce quelque soit le nombre d'heures travaillées au total, ou la manière de faire son travail», résume le site Quartz, qui a repéré l'étude.

Le problème serait tout simplement lié à une adhésion inconsciente à l'idée que les gens capables de se mettre à l'ouvrage dès potron-minet sont plus fiables. Un stéréotype répandu dans bon nombre de cultures: en France, comme on l'a vu avec l'expression ci-dessus, mais aussi aux Etats-Unis, ou en Chine. Les universitaires citent ainsi en exemple un célèbre aphorisme de Benjamin Franklin -«early to bed, early to rise, makes a man healthy, wealthy, and wise» («se mettre au lit tôt, se lever tôt, rend un homme sain, riche et sage»)-, ainsi qu'un proverbe chinois affirmant:

 «Une journée bien planifée doit se faire dans la matinée.»

A chacune de leurs expérimentations, menées à chaque fois sur plus de 120 participants, les chercheurs ont observé la persistance du stéréotype. Une réalité d'autant plus dommageable que les entreprises n'ont jamais autant privilégié qu'aujourd'hui une organisation bien plus souple du temps de travail. «Google permet à de nombreux employés de choisir leurs propres horaires, citent ainsi en exemple les chercheurs sur le blog de l'Harvard Business Review. Et le géant est loin d'être le seul:

«Chez Microsoft, bon nombre d'entre eux peuvent choisir quand ils commencent leur journée, dans la mesure où cela reste entre 9h et 11h du matin.»

Or même dans le cas où les entreprises elles-mêmes ont choisi ce mode d'organisation, l'adhésion des encadrants au stéréotype du travailleur matinal reste tenace. Un double problème selon les chercheurs: d'un côté, on ne peut pas reprocher à un employé de faire ce que son employeur lui demande, et de l'autre, cette tendance managériale risque de mettre en péril cette organisation souple du temps de travail qui semble «mener à un accroissement de la productivité, à une plus grande satisfaction des employés et à une baisse de la rotation du personnel», écrivent les universitaires en se référant à des études antérieures. 

Mieux vaut donc peut-être se débrouiller à arriver tôt au boulot... même si cela renforcera un cliché qui n'a pas forcément lieu d'être.

A.F.

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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