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Pourquoi c'est SOS Homophobie qui donne les chiffres sur les agressions homophobes

Camille Jourdan, mis à jour le 16.05.2014 à 18 h 03

Et pourquoi le gouvernement va aussi bientôt s'en charger.

Gay pride / Guillaume Paumier via Flickr CC License By

Gay pride / Guillaume Paumier via Flickr CC License By

Le 13 mai, SOS Homophobie publiait son rapport 2014 sur l’homophobie. Depuis vingt ans, cette association lutte contre toutes les formes de discriminations liées à l’orientation sexuelle d’un individu. Ses rapports dressent un tableau de l’homophobie en France: les plaintes sont-elles nombreuses? Quels types d’agressions subissent les personnes homosexuelles? Dans quelles circonstances? De la part de qui?

C’est donc une association, un organisme privé, qui s’occupe de fournir les données sur le problème sociétal qu’est l’homophobie. Au contraire, le racisme fait l’objet d’un rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), autorité administrative indépendante, qui agit donc au nom de l’Etat. De la même manière, la Délégation aux victimes (DAV), qui dépend du ministère de l’Intérieur, rend chaque année depuis 2006 un rapport sur les morts violentes au sein du couple. Pour quelles raisons l’homophobie n’est-elle pas traitée de la même manière?

Les moyens techniques ne permettraient pas, en l’état actuel des choses, de dresser ce genre de rapport sur les actes homophobes. C’est ce qu’explique Christophe Soullez, chef de l’Observatoire de la délinquance et des réponses pénales (ONRDP). Chaque année, cet organisme publie un rapport sur la criminalité:

«L’ONDRP ne publie pas de données administratives liées aux infractions commises en raison de l’orientation sexuelle. Ces données ne peuvent être produites en l’état actuel des systèmes d’information existants dans la police et la gendarmerie.»

En revanche, l’an dernier, cet organisme public a rendu compte des injures homophobes dans le cadre de son enquête de victimation, effectuée entre 2007 et 2013. Cette enquête, menée en association avec l’Insee, est réalisée chaque année auprès d’un échantillon d’environ 14.000 à 17.000 personnes. Différentes questions leur sont posées, à savoir si elles ont été agressées au cours de l’année, et pour quelle raison. Le gouvernement a chargé l’ONRDP d’inclure les injures homophobes dans ces questions, pour déterminer combien de personnes en étaient victimes. Mais ces chiffres sont loin de dresser un panorama de l’homophobie en France.

De son côté, la CNCDH souligne également un manque de moyens techniques:

«Il n’existe pas vraiment d’outils statistiques très précis.»

En effet, si les logiciels de la police recensent spécifiquement les agressions de type raciste, ou antisémite, il n’en est pas de même pour les agressions liées à l’orientation sexuelle. Ou du moins pas encore.

En octobre 2012, le gouvernement lançait son «Programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre», où il constatait:

«La lutte contre l’homophobie doit devenir une politique à part entière de l’Etat.»

Le premier point de ce programme est clair: il entend «mesurer et analyser la réalité» des violences subies par les personnes en raison de leur orientation sexuelle. Pour pouvoir recueillir de telles statistiques et les publier, ce programme mentionne la nécessité d’une «refonte du système statistique de la gendarmerie, de la police et des services judiciaires».

Un nouveau système est donc en cours de déploiement dans les commissariats et gendarmeries de France, assure le ministère de Najat Vallaud-Belkacem, à l’initiative de ce projet. Les agents de sécurité publique pourront spécifier dans leurs dossiers qu’une personne s’est fait agresser en raison de son orientation sexuelle. Jusqu’à présent, seule pouvait être indiquée la présence de «faits aggravants», sans qu’il soit possible de préciser que l’agression, quelle qu’elle soit, était un acte homophobe, biphobe, ou transphobe.

Le gouvernement publiera l’an prochain pour la première fois des chiffres sur les agressions liées à l’orientation sexuelle en France, assure le ministère des Droits des femmes. Ces données statistiques pourront venir pallier les imperfections des informations de SOS homophobie, et les compléter. En effet, l’association se fonde essentiellement sur les témoignages récoltés via sa ligne téléphonique –que le gouvernement finance en partie depuis l’an dernier. Elle précise donc dans son rapport:

«Ce document n’est donc pas le recensement exhaustif de toutes les manifestations homophobes survenues en 2013, mais bien une vision de l’homophobie à travers les outils de l’association et son vécu de terrain.»

En qualifiant chaque agression homophobe comme telle, les services de police et gendarmerie donneront de nouveaux outils d’analyse de ce phénomène.

C.J.

Camille Jourdan
Camille Jourdan (139 articles)
Journaliste
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