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Mario Kart, le jeu anticapitaliste: la preuve de la carapace bleue

Via Mario wiki

Via Mario wiki

L’ethnologue anarchiste Pierre Clastres a écrit que certaines tribus font tout pour empêcher leur chef de prendre trop de pouvoir politique. Sa charge ne s’accompagne d’aucun privilège autre qu’honorifique, et ce chef peut être révoqué à tout moment s’il se prend trop au jeu, voire être tout bonnement éliminé.

Il semble que le jeu de course multijoueurs le plus populaire au monde, Mario Kart, obéisse à la même logique. Dans le magazine Kill Screen, Erik Fredner, qu’on pourrait qualifier de jeune chercheur en Mario studies, explique le succès du jeu par le fait qu’il empêche les premiers de le rester et qu’il est conçu pour rééquilibrer les inégalités entre bons et mauvais conducteurs.

Ce miracle d’anarchie vidéoludique est obtenu grâce à une arme redoutée des joueurs: la carapace bleue ou carapace à épines, la «spiny shell» ou «blue shell» en anglais –introduite avec Mario Kart 64 sur Nintendo 64 en 1996.

Qu’est-ce que la carapace bleue? Comme le détaille l'article de l'encyclopédie collaborative en ligne de Mario (oui, ça existe), c’est un missile à tête chercheuse qui cible le conducteur en pole position, peut détruire d'autres concurrents sur son passage, et qui ne rate jamais sa cible –presque jamais. Il faut donc être derrière le premier pour pouvoir l’obtenir –on obtient dans Mario Kart les armes ou «bonus» en fonçant sur des cubes de couleur qui distribuent ces derniers d’une manière aléatoire.

Les plus anciens dans la pratique de la Nintendo se souviendront avec émotion de la carapace rouge, ancêtre de la bleue car, comme elle, elle était téléguidée. Mais à l’époque, elle ne permettait pas de cibler le premier joueur. Simplement celui qui se trouvait devant nous (mise à jour: on nous a fait signe sur twitter qu'effectivement la rouge existait toujours -simplement son aura a baissé depuis que la bleue est apparue).

Une carapace bleue

Revenons-en au contenu politique de Mario. Selon l’auteur, «on pourrait presque soutenir l’idée que la mécanique de Mario Kart est anticapitaliste».

«A la seconde où quelqu’un prend la tête, le système équipe ceux qui ont perdu du terrain avec les meilleurs outils dans l’espoir qu’ils remontent en première position et destituent le leader.»

Résultat: là où les jeux compétitifs (échecs, scrabble, jeux vidéo de combat) divisent les participants entre gagnants et perdants, bons et mauvais, une «compétition non-compétitive» comme Mario Kart assure que le meilleur ne gagnera sans doute pas, et ça, c’est beau.

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