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Ceux qui cultivent du riz sont moins individualistes que ceux qui cultivent du blé

Camille Jourdan, mis à jour le 13.05.2014 à 17 h 22

Champ de blé / Zarko Susnjar via Flickr CC License By

Champ de blé / Zarko Susnjar via Flickr CC License By

Peut-être ne vous étiez-vous jamais posé la question en ces termes, mais sachez que ceux qui cultivent le riz sont moins individualistes que ceux qui préfèrent le blé. Voilà ce qu’affirme une étude dirigée par Thomas Talhelm, étudiant à l’université de Viriginie, et publiée dans le magazine Science.

Comme le rappelle le blog Salt de la National Public Radio, beaucoup d’études s’intéressent aux différences culturelles entre est et ouest:

«Depuis longtemps, les psychologues savent que les habitants d’Asie de l’Est pensent différemment, en moyenne, que ceux des Etats-Unis ou de l’Europe. En effet, en Orient, les gens ont tendance à être davantage coopératifs et intuitifs, alors que les Occidentaux penchent vers l’individualisme et le raisonnement rationnel.»

Thomas Talhelm a voulu comprendre les raisons de cette différence. De ses hypothèses et expérimentations est née la «théorie du riz».

En Chine, la partie nord du pays cultive davantage de blé, tandis que la partie sud se concentre sur le riz. Talhelm a réalisé des tests sur 1.162 personnes vivant dans différentes zones du pays. Ses résultats: les Chinois du nord sont plus «indépendants et rationnels», ceux du sud «plus holistes et interdépendants», résume South China Morning Post.

Où est le rapport, vous demandez-vous? La culture du riz demande davantage de coopération, explique Talhelm à la NPR:

«Les familles doivent irriguer et drainer leur champ en même temps. Donc il y a des punitions pour ceux qui sont trop individualistes. S’ils irriguent trop tôt, ils risquent d’agacer sérieusement leurs voisins.»

Contrairement à la culture du blé qui peut se faire à l’échelle d’une famille, s’occuper d’une rizière nécessite la collaboration des habitants de tout un village, ajoute le New Scientist. D'où la naissance d'une interdépendance entre les personnes.

Cette différence d’agriculture pourrait donc expliquer des différences de culture, non seulement entre Chinois, mais aussi plus généralement entre Asiatiques et Européens ou Américains. Quartz rappelle que «le riz est un aliment de base pour la moitié du globe, mais majoritairement en Asie, alors que c’est le blé qui est traditionnellement cultivé en Occident».

D’autres théories ont tenté avant celle-ci d’expliquer la tendance à plus d’individualisme chez les Occidentaux. La modernisation apparaît comme un argument récurrent:

«A mesure que les sociétés deviennent plus riches et mieux éduquées, les gens deviennent plus individualistes et rationnels.»

Mais NPR souligne qu’une telle théorie ne tient pas pour les habitants de Corée du Sud, de Hong Kong, ou encore du Japon. La théorie du riz serait alors une nouvelle piste: malgré la modernisation, l’interdépendance et la coopération sont ancrées dans les mentalités des cultivateurs de riz, génération après génération.

Thomas Talhelm reste néanmoins prudent:

«Bien sûr, le riz et le blé n’expliquent pas tout. Il y a toujours des différences entre les habitants de zones chinoises où l’on cultive le blé, et les Occidentaux qui privilégient cette céréale.»

Camille Jourdan
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Journaliste
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