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Pourquoi nous n'avons pas de souvenirs avant l'âge de trois ans

Grégoire Fleurot, mis à jour le 12.05.2014 à 11 h 10

La mémoire d'une souris est enregistrée à l'université normale de Chine de l'est à Shanghai le 25 avril 2005, REUTERS

La mémoire d'une souris est enregistrée à l'université normale de Chine de l'est à Shanghai le 25 avril 2005, REUTERS

Pourquoi ne se rappelle-t-on rien de notre palpitante existence entre la naissance et l'âge de trois ans? Ce phénomène, appelé l'amnésie infantile, pourrait avoir trouvé une explication avec les travaux de Katherine Akers de l'hôpital pour les enfants malades de Toronto récemment publiés dans la revue Science: nous fabriquons à cette âge là tellement de nouveaux neurones que cela perturbe notre mémoire.  

Le cerveau fabrique de nouveaux neurones pendant toute la vie, mais ce processus, appelé la neurogénèse, est bien plus actif pendant les premières années. Il a notamment lieu dans l'hippocampe, une région du cerveau liée à la mémoire et à l'apprentissage.

La formation de nouveaux neurones nous aide généralement à apprendre et à mémoriser de nouvelles informations, mais selon la nouvelle étude, le rythme élevé de neurogénèse chez les très jeunes enfants peut en fait avoir l'effet inverse et nous faire oublier.

Les auteurs de l'étude ont instillé des souvenirs chez des souris de laboratoire, en associant par exemple un endroit à un léger choc électrique. Ils se sont ensuite rendus compte qu'en encourageant la neurogénèse (en leur donnant une roue sur laquelle courir pendant plusieurs semaines ou avec des produits chimiques), les souris se souvenaient moins bien. Au contraire, les souris chez lesquelles ils ont ralentit le rythme de neurogénèse se souvenaient mieux.

L'amnésie infantile a fait l'objet de nombreuses théories dans la littérature psychologique, rapporte le site Vox. On a ainsi fait l'hypothèse qu'elle était due à l'absence de langage ou de développement émotionnel chez les jeunes enfants, tandis que Freud y voyait un mécanisme de répression des souvenirs traumatisants de l'enfance (théorie réfutée par plusieurs études depuis).

«Je pense que [la nouvelle hypothèse] fournit un mécanisme convaincant pour expliquer pourquoi nous ne nous rappelons pas de nos souvenirs infantiles» a déclaré Mazen Kheirbek, chercheur qui étudie la formation des neurones à l'université de Columbia, à Vox.

Interrogé par le New Scientist, Mark House, chercheur spécialisé dans la mémoire à la City University de Londres, souligne qu'il reste néanmoins d'autres explications possibles pour l'amnésie infantile, comme une connectivité altérée entre différentes zones du cerveau.

G.F.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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