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Agressé après un karaoké, il devient un génie des maths

Extrait d'une oeuvre de Jason Padgett

Extrait d'une oeuvre de Jason Padgett

L'histoire a tout d'un scénario de film. D'ailleurs, la référence au cultissime Rain Man n'est jamais très loin quand il est question de Jason Padgett. Âgé aujourd'hui de 43 ans, cet Américain est devenu un génie des mathématiques en 2002 après avoir été violemment agressé au sortir d'un karaoké. 

Frappé «à l'arrière de la tête» jusqu'à tomber «inconscient», Jason Padgett a vu sa perception du monde bousculée dès le lendemain de son agression, comme il le raconte au New York Post:

«Le matin qui a suivi, alors que l'eau coulait dans la salle de bains, il a remarqué "des lignes s'échappant perpendiculairement de l'écoulement. Au début, j'étais effrayé et inquiet mais c'était si beau que je suis juste resté là dans mes pantoufles à regarder".»

Et l'impression a perduré, le jeune homme se décrivant comme «obsédé par chaque forme de sa maison, des rectangles des fenêtres à la courbe d'une cuillère», rapporte encore le National Post. Depuis, Jason Padgett est devenu mathématicien, dessine ce qu'il voit, comme des fractales, et revend ses oeuvres.

L'histoire veut même qu'un jour «un physicien l'a repéré en train de faire ces dessins dans un centre commercial et l'a ensuite exhorté à poursuivre un enseignement mathématique», raconte de son côté Live Science, qui se fait l'écho des mémoires que Padgett vient de publier.

Jusque là, pourtant, ce dernier n'était pas particulièrement féru de maths, et de cours tout court, comme le résume de façon un peu mesquine le New York Post dans son titre: «Du mullet au génie mathématique après une commotion».

A en croire le chercheur Darold Treffert, qui s'est penché sur le concept, Jason Padgett serait l'une des rares personnes à avoir développé le «syndrôme du savant». Utilisé notamment pour qualifier les prouesses que peuvent réaliser certains autistes, ce syndrôme peut aussi s'appliquer aux facultés extraordinaires développés à la suite de lésions cérébrales. Un scénario néamoins «très rare», comme le souligne le scientifique dans Salon, qui précise:

«Seuls 15 à 25 cas de ce syndrôme ont été documentés par des études médicales.»

Le National Post cite ainsi l'exemple d'Alonso Clemons, qui a développé «la capacité de sculpter des animaux» de manière hyper-réaliste en utilisant simplement ses mains, à la suite d'une grave blessure à la tête.

Le lien entre lésions cérébrales et accroissement des aptitudes artisitiques et intellectuelles a souvent été noté par les scientifiques, comme nous le notions dès 2012. Mais Darold Treffert rappelle que ces lésions «sont presque toujours plus nuisibles que positives pour les individus», peut-on encore lire dans le National Post.

Néanmoins, il espère qu'étudier les histoires de personnes telles que Jason Padgett permettra aussi «d'en apprendre plus sur nous-mêmes, d'explorer nos capacités et de découvrir le potentiel caché, le petit Rain Man, qui réside peut-être dans chacun d'entre nous».

A.F.

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