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Les chercheurs masculins stressent les rats de laboratoire

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.04.2014 à 11 h 02

Et cela pourrait compromettre les résultats de certaines études scientifiques...

Русский: Мышь домовая - Mus musculus / George Shuklin via Wikimedia Commons

Русский: Мышь домовая - Mus musculus / George Shuklin via Wikimedia Commons

Nous vous avons déjà expliqué ici-même pourquoi il fallait toujours lire les articles relatant des études scientifiques avec un certain degré de scepticisme, soit à cause de la tendance des journalistes à en déformer les conclusions, soit parce que certaines études elles-mêmes n'ont pas grand-chose de scientifique.

Une nouvelle étude, a priori sérieuse et rigoureuse puisqu'elle a été publiée dans la revue à comité de lecture Nature Methods (qui s'intéresse aux aspects méthodologiques de la recherche en biologie), vient d'apporter une nouvelle raison de se méfier des études réalisées sur les fameux rats de laboratoire: la présence d'expérimentateurs masculins stresse les rongeurs et affecte leur comportement, ce qui peut potentiellement remettre en question le résultat de certaines expériences.  

Les auteurs de cette nouvelle étude ont fait leur découverte alors qu'ils tentaient de vérifier si la présence d'expérimentateurs diminuait la réaction à la douleur des rongeurs, une hypothèse que certains chercheurs avaient émise au cours des dernières années sans jamais la vérifier, rapporte Nature.com.

L'équipe de Jeffrey Mogil, chercheur sur la douleur à l'université de McGill à Montréal, a mesuré la réaction de souris et de rats à une injection dans la cheville quand différents expérimentateurs (hommes ou femmes) sont restés dans la salle ou quand ils sont rapidement partis. Les scientifiques ont observé que les animaux ont eu une réaction à la douleur plus faible dans 40% des cas quand un homme plutôt qu'une femme est resté dans la salle, en s'appuyant sur une échelle des grimaces de la souris mise au point par Jeffrey Mogil il y a quelques années.

Le même effet a été observé quand un t-shirt porté par un homme la nuit précédente ou d'autres animaux mâles (rats, chats, rongeurs...) ont été placés dans la salle de l'expérience, tandis que la présence d'expérimentatrices n'a pas altéré la réaction des rongeurs et a même contrecarré la réaction induite par la présence de mâles.

Après des analyses plus poussées, Mogil a découvert que les odeurs masculines faisaient en fait augmenter le niveau de stress des rongeurs, ce qui entraîne un effet analgésique, et avance une explication au site de la revue scientifique Science:

«C'est une réponse primordiale. Si vous sentez un mâle solitaire près de vous, il y a des chances pour qu'il chasse ou qu'il défende son territoire.»

Or «si vous avez mal, vous montrez votre faiblesse», complète Science.

«C'est un travail très important qui a de nombreuses implications, a déclaré Catherine Bushnell, une neuroscientifique qui dirige une unité de recherche au National Center for Complementary and Alternative Medecine (NCCAM) dans le Maryland, et qui n'a pas pris part à l'étude, à Science. Beaucoup de gens qui font de la recherche n'y ont jamais pensé.»

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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