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Elle veut cacher sa grossesse sur Internet pour ne pas être tracée, elle devient suspecte

Bébé par 	Ludovic Hirlimann | FlickR licence cc by

Bébé par Ludovic Hirlimann | FlickR licence cc by

Sur Internet, une femme enceinte vaut bien plus qu'une personne lambda. Ou du moins ses données personnelles: d'un cas sur l'autre, on passe d'une valeur estimée à «10 cents à 1,50 dollar», à en croire Janet Vertesi, professeur de sociologie à l'université de Princeton, aux Etats-Unis.

» Mesurez votre valeur ici: «Données personnelles: vous valez moins d'un dollar»

Pour éviter l'avalanche publicitaire qui en découle, avec marques de couches et de produits pour bébé en tout genre qui courtisent cette clientèle de choix, cette scientifique s'est prêtée à un exercice particulièrement compliqué: faire en sorte qu'aucune entreprise, particulièrement sur le web, ne soit au courant de sa grossesse

Pendant neuf mois, Janet Vertesi a donc dû dire adieu à tout système susceptible d'enregistrer et d'analyser ses faits et gestes, rapporte Mashable. Ce qui en fait un paquet: outre Facebook, Twitter et l'ensemble des réseaux sociaux, la sociologue explique avoir également abandonné ses cartes de crédit, ainsi que ces cartes de fidélités.

Les données, et leur exploitation, ne se cantonnent pas en effet au seul Internet, même s'il en est l'un des principal relais aujourd'hui: les banques, les grandes surfaces ou les opérateurs téléphoniques sont aussi de la partie.

Un véritable exercice de contorsionniste qui a mené Janet Vertesi à ne payer qu'en espèces les produits reliés à sa grossesse et à exclure de la liste de ses amis Facebook un oncle l'ayant félicité sur le réseau social. Elle déclare même avoir fait «l'usage le plus créatif de Tor», et de son navigateur qui permet de sécuriser et d'anonymiser ses activités sur Internet.

Utilisé par certains dissidents politiques de régimes autoritaires, ce dernier est aussi perçu, notamment dans la presse, comme le relais d'activités illégales. Notre jeune maman s'en est de son côté servie... pour se rendre sur un site consacré aux bébés.

Une façon de prouver et d'éprouver, «d'une perspective très personnelle», l'importance de ce qu'on appelle le big data, et «de ce qu'il faut faire pour éviter d'être tracé et placé dans des bases de données», résume la sociologue.

Mais au-delà de leur caractère contraignant, ces précautions ont également eu un effet inattendu: elles ont attiré l'attention sur les faits et gestes de la scientifique et de son mari. Qui sont devenus de véritables suspects aux yeux des entreprises et des autorités, comme la scientifique le raconte en détail dans la vidéo ci-dessus, prise à l'occasion de son intervention sur le sujet à la conférence Theorizing the Web.


La notification de Rite Aid | Capture d'écran de la présentation de Janet Vertesi

Le fait d'utiliser des cartes cadeaux du site Amazon, toutes payées en espèce, pour les achats relatifs au bébé, a ainsi valu au couple une notification de la chaîne de pharmacie, Rite Aid, dans laquelle il comptait l'utiliser:

«Cher client,

Sachez que Rite Aid se réserve le droit de limiter le nombre d'achats journaliers en carte prépayée et a une obligation de signaler des transactions excessives aux autorités.»

En essayant de cacher sa grossesse à Internet, Janet Vertesi a ainsi été «identifiée comme quelqu'un de probalement engagé dans des activités criminelles». Ce qui lui fait dire que le simple fait de sortir des sentiers battus du web, des rails installés par la bande des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple), est en soi devenu suspect. Et est synonyme, pour reprendre ses termes, de comportement immoral voire criminel.

A.F.

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