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Ce que l'on mangeait dans l'Egypte antique: beaucoup de blé et d'orge (et très peu de viande)

Lucie de la Héronnière, mis à jour le 17.04.2014 à 9 h 46

Wheat ear/ jonebabana via Flickr CCLicence By

Wheat ear/ jonebabana via Flickr CCLicence By

Que mangeaient les Egyptiens de l'Antiquité? Une équipe de chercheurs lyonnais s’est penchée sur la question, pour savoir si leur régime alimentaire a été impacté par le changement climatique, passant d’un milieu chaud à un milieu de plus en plus aride. Leurs résultats sont publiés dans le numéro de juin 2014 du Journal of Archaeological Science.

L’étude des restes archéologiques (pollens, graines...), permet de savoir quelles étaient les espèces végétales consommées.

Mais pour connaître la proportion d’une composante ou d’une autre dans l’alimentation, il a fallu étudier le «rapport isotopique de carbone». Qu'est-ce donc que cela? Alexandra Touzeau, doctorante au Laboratoire de géologie de Lyon et co-signataire de l’étude, explique le principe:

«Le carbone est un atome, avec des protons, des neutrons et des électrons. Il y a toujours 6 protons, mais le nombre de neutrons varie de 6 à 8. On obtient alors différents “isotopes” du carbone: le carbone 12 est composé de 6 protons et 6 neutrons, le carbone 13 de 6 protons et 7 neutrons, le carbone 14 de 6 protons et 8 neutrons... Les isotopes possédant plus de neutrons sont plus lourds: le carbone 12 est l’isotope le plus léger. Le rapport isotopique est le rapport de concentration entre  différents isotopes du carbone.»

Et le rapport isotopique est variable dans l’environnement:

«Le rapport est différent selon qu’on considère le carbone atmosphérique, le carbone des êtres vivants, ou le carbone de différentes roches. Tous les végétaux prélèvent du dioxyde de carbone pour leur photosynthèse. Ils utilisent ce carbone pour fabriquer des sucres et des protéines. Lors de l’assimilation du carbone atmosphérique, le rapport isotopique est modifié. On distingue deux grandes catégories de végétaux selon leur méthode d’assimilation du carbone: à partir du même dioxyde de carbone, ils obtiennent des rapports isotopiques dans leurs tissus (feuilles, tige...) très différents et caractéristiques de chaque catégorie de végétaux

On différencie donc les plantes «en C3» (quand le dioxyde de carbone se fixe sur la plante, le premier sucre produit a 3 atomes de carbone), comme l’ail, l’aubergine, les poires, le blé, et les plantes «en C4» (le même processus produit un sucre avec 4 atomes de carbone), comme le millet, le sorgho, le maïs, la canne à sucre... Du coup, c'est un bon outil d'analyse: «les rapports isotopiques du carbone (13C/12C) mesurés pour un individu dans différents tissus permettent de calculer les proportions de certaines catégories d’aliments pour cet individu», précise le résumé du CNRS

Les chercheurs ont alors étudié différentes momies (et leurs os, leurs dents, etc.) datées de -3500 av. J-C à 500 ap. J-C, autrement dit, de la période prédynastique à la période gréco-romaine.

Résultat, les Egyptiens anciens ont «privilégié les végétaux en C3, pour environ 90%, et beaucoup moins les plantes en C4, pour environ 10%», déclare Alexandra Touzeau. Donc, ils ont préféré, tout au long de leur histoire, la consommation d’orge et de blé («en C3», si vous suivez), même s’ils avaient des échanges commerciaux avec des peuples cultivant des plantes «en C4» (millet, sorgho). Et ce régime est resté constant au cours du temps, même si les «C4» sont plus adaptées à un milieu plus aride.

Quant aux protéines animales, dont la consommation est détectée dans l’analyse des cheveux, elles sont présentes dans leur régime, mais en assez faible quantité, environ 30% du total des protéines, ce qui correspond au rapport présent chez les «ovo-lacto-végétariens actuels». Les gens mangeaient donc très peu de viande et encore moins de perche du Nil, ce qui correspond aux données historiques décrivant le salaire en nature des ouvriers, constitué surtout de céréales, légumes et légumineuses. 



Mais comme le précise Alexandra Touzeau, «ceci n’est pas vraiment en accord avec les représentations artistiques que l’on a des Egyptiens. Sur les fresques, on voit souvent des nourritures plus grasses, des vaches, des oies. Tous ces aliments n’étaient pas forcément accessibles pour le peuple, mais plutôt par les prêtres ou les nobles… ceux qui payaient les fresques».

Lucie de la Héronnière
Lucie de la Héronnière (148 articles)
Journaliste
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