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David Foster Wallace avait anticipé les applications pour retoucher les selfies

Camille Jourdan, mis à jour le 10.04.2014 à 12 h 22

Selfie / Buster Benson via Flickr CC License By

Selfie / Buster Benson via Flickr CC License By

Il y a presque vingt ans, l’écrivain américain David Foster Wallace imaginait un monde futuriste dans Inifinite Jest. The Wire montre comment, dans ce livre d’environ mille pages, Wallace anticipait le phénomène des selfies, et plus particulièrement de ces applications qui permettent de modifier les photos pour les rendre plus «parfaites».

La dernière application dans le monde réel, SkinneePix, permet de vous faire perdre «jusqu’à 7 kilos» sur votre selfie. Comment peut-on calculer précisément ce poids sur une photo de visage, cela reste un mystère, mais passons. Les médias ont crié au scandale, accusant cette application d’encourager le culte de la minceur et l’anorexie.

Dans la société nord-américaine futuriste d’Infinite Jest, il n’est pas question de selfie. Wallace évoque la visiophonie. Dans le livre, ce phénomène est voué à l’échec. La raison: l’«anxiété» d’être confronté à son propre visage, tout le temps. Le problème est que ce n’est pas de l’admiration qui en résulte, mais plutôt de l’horreur:

«Les gens étaient horrifiés de voir comment leurs visages apparaissaient à l’écran. Même avec des écrans de haute-définition, les consommateurs percevaient quelque chose qui leur donnait l’air flou, moite.»

C’est ainsi que Wallace décrit l’expérience de se voir soi-même sur un écran. Dans son roman, des solutions pour éviter «ce que les psychologues de l’industrie des télécommunications appelaient l’“Anxiété de la Vidéo-Physionomie”» existent: ce sont des «masques» virtuels. Ils permettent de se présenter sous son meilleur angle face à son interlocuteur, grâce à tout un système de retouches de photos. Une vision assez avant-gardiste des applications que l’on utilise aujourd’hui pour retoucher nos selfies…

L’explosion des selfies sur les réseaux sociaux a déclenché de nombreuses études. Psychologues et médecins tentent de comprendre pourquoi certaines personnes passent leur temps à se prendre en photo. Narcissisme? Manque de confiance en soi? Dans tous les cas, c’est l’obsession de son image qui ressort, comme dans le roman de Wallace.

Reste à savoir si, comme dans Infinite Jest, les internautes finiront par ne plus supporter de se voir en photo. Certains déjà, sans aucun doute, donneraient beaucoup pour ne plus avoir dans leurs fils d’actualité, les selfies de leurs «amis» sur Facebook ou Instagram.

Camille Jourdan
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Journaliste
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