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Ce n'est pas la violence des jeux vidéo qui rend agressif, c'est leur niveau de difficulté

Jeu vidéo / FireFishMike via Flickr CC License By

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On ne compte plus le nombre d’études qui étudient le lien entre jeux vidéo violents et agressivité des joueurs. Certaines personnes n’hésitent pas à affirmer que ces jeux génèrent de «véritables monstres». D’autres études soulignent un impact sur le comportement, sans toutefois autant dramatiser, et enfin, certains spécialistes démentent tout lien entre la violence des jeux vidéo et les comportements agressifs.

On pourrait croire qu’une nouvelle étude sur ce thème ne ferait que répéter les mêmes arguments parfois contradictoires. Pourtant, une expérience menée par Andrew Przybylski, de l’université d’Oxford, et Richard Ryan, de Rochester, semble apporter de nouveaux éléments. Publiée dans l’édition de mars du Journal of Personality and Social Psychology, elle révèle que les comportements violents de joueurs de jeux vidéo seraient liés non pas au contenu violent du jeu, mais aux difficultés rencontrées par le joueur dans ce jeu.

Le site de l’université de Rochester résume les conclusions de l’expérience:

«L’étude démontre que l’agressivité découle du côté négatif de la frustration que l’on ressent lorsqu’on joue à jeu vidéo.»

Parmi les expériences qui ont conduit à ce résultat, les joueurs ont testé des jeux vidéo, violents ou non. Par exemple, alors que certains jouaient à la version originale du jeu de tir Half Life 2, d’autres se confrontaient à une version modifiée et non violente du jeu, explique la BBC. Mais les chercheurs avaient pris le soin de ne pas donner à tout le monde le tutoriel du jeu…

«Les chercheurs ont découvert que les joueurs qui n’avaient pas eu de tutoriel se sont montrés moins compétents et plus agressifs que les personnes qui avaient joué à la version plus violente du jeu.»

Le fait de ne pas comprendre le jeu ou de perdre aurait donc davantage d’influence sur le comportement des joueurs que le contenu-même du jeu. Andrew Przybylski explique:

«Quand un joueur jette ses manettes après avoir perdu à un jeu vidéo, cela est lié au sentiment d’intense colère que peut causer l’échec.»

Déjà d’autres études soulignaient une certaine agressivité des joueurs après la fin d’un jeu. Dans une interview accordée au Nouvel Observateur, Vanessa Lalo, psychologue clinicienne spécialisée dans les jeux vidéo, niait toute corrélation entre jeux violents et agressivité, tout en nuançant son propos:

«C'est l'adrénaline qui va être à l'origine d'un comportement agressif. C'est l'instinct primaire. On s'énerve devant son écran parce qu'on a perdu. Mais au bout de 15 minutes, l'adrénaline se dissipe.»

Une telle agressivité peut d’ailleurs se manifester «que le jeu soit violent ou non», ajoute Richard Ryan. Il rappelle que de tels comportements agressifs ont parfois lieu sur des terrains de sport, quand un joueur sent la défaite, ou a perdu.

Mais Richard Ryan tient à rester prudent quant à l’interprétation de cette étude:

«L’étude ne dit pas que les contenus violents n’affectent pas les joueurs, mais notre recherche suggère que ces personnes n’ont pas nécessairement à jouer à des jeux violents pour être agressifs. L’agressivité découle plutôt de l’impression, lorsqu’on joue, de ne rien contrôler, ou de se sentir incompétent.»

Finalement, peut-être que l’on devrait davantage se méfier des joueurs de 2048 que de ceux de Call of Duty ou GTA.

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