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Je quantifie mes amis en les classant par QI, séduction et salaire: la prochaine étape du big data

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 08.04.2014 à 13 h 50

24.002/365- A Pie Chart / viviandnguyen_ via Flickr CC License By

24.002/365- A Pie Chart / viviandnguyen_ via Flickr CC License By

Dandy de l’ère numérique, journaliste spécialisé dans les technologies et les médias et fondateur du site sur l'Internet et la pop culture The Kernel, Milo Yiannopoulos a été qualifié de «Citizen Kane de l’ère des médias numériques», de «pitbull des médias tech» ou encore «d’enfoiré cynique et ignorant» par l’acteur et humoriste britannique Stephen Fry. Lui-même se définit comme «la version east London de Patrick Bateman», le psychopathe et personnage principal du roman de Bret Easton Ellis, American Psycho.

Il travaille d’ailleurs sur un livre à paraître en 2015, Les sociopathes de la Silicon Valley. C’est dire si l’homme inspire de la sympathie. Sur son site, il explique comment il s’est mis à classer ses amis sur un tableur Excel en fonction de leurs attributs personnels, professionnels, financiers et physiques…

«Vous allez penser que c’est bizarre, mais depuis trois ans maintenant j’ai adopté ce qu’on pourrait décrire comme une approche “data-driven” de ma vie sociale.»

Bizarre, c’est en effet le terme qui nous vient à l’esprit. Mais pas surprenant, tant l’approche économique des relations semble dans l’air du temps, favorisée par les innombrables applis et réseaux qui cartographient nos univers sociaux ou nous permettent de pratiquer le quantified self –pensons par exemple à l'appli Nipple, lancée en mars, qui aide l'utilisateur à enregistrer toute son activité sexuelle.

Des graphiques issus du fichier des relations de Milo Yiannopoulos. Via The Kernel

Le journaliste passe quatre heures par semaine à classer et noter toutes ses rencontres professionnelles ou personnelles dans un fichier comportant les colonnes «Index sexy», «Revenu», «Valeur stratégique». Il récense aussi le style vestimentaire et le look de chacun : «Wasp», «Urbain», «Bobo», «Eurotrash», «Exotic», etc. Le QI de chaque sujet est estimé «Haut», «Moyen» ou «Bas».

A quoi sert ce fichier?

«L’objectif premier de maintenir ces informations est de me permettre de filtrer et de classer rapidement et facilement mes contacts avant d’envoyer une invitation pour les fêtes ou les dîners.»

Le journaliste de The Kernel se justifie en estimant qu'il ne fait que prendre de vitesse une évolution qui va s'imposer à tous:

«Vous pouvez vous moquer, mais j’estime que c’est ainsi que nous gèrerons toutes nos relations dans le futur. Que ça vous plaise ou non, après une décennie de médias sociaux et de “big data”, la prochaine étape logique est que nos relations soient classées, marchandisées… Et exploitées à la recherche de tendances et d’opportunités cachées. Il ne s’agit pas tant de “quantified self” que de quantification de tout le monde.»

Une tendance à utiliser les technologies pour «manager» ses réseaux et établir des priorités dont on a vu d’autres illustrations récemment.

Google a ainsi déposé un «brevet d'écriture sociale automatique», écrivait Olivier Ertzscheid sur le blog Affordance en décembre 2013: une sorte d’«algorithme de la routine». Grâce à ce dernier, les robots de Google pourraient écrire à notre place lors d’interactions de faible intensité avec des connaissances –comme leur adresser nos félicitations après qu'ils ont annoncé avoir trouvé un nouvel emploi. Une «robotisation de l’hypocrisie», écrivait Numerama.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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