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Les selfies #Aftersex, dernière mode Instagram et ultime trahison de l'intimité

Slate.fr, mis à jour le 07.04.2014 à 14 h 15

Capture d'écran d'une compilation de photos collectées par «Selfiecity»

Capture d'écran d'une compilation de photos collectées par «Selfiecity»

Les utilisateurs d'Instagram semblent toujours réussir à repousser les limites de l'exhibitionnisme en ligne. On se souvient du «selfies at funerals», cette mode qui avait vu de nombreux adolescents publier des photos d'eux-mêmes assistant aux funérailles d'un proche, et qui n'avait pas manqué de créer un débat sur le caractère choquant et inapproprié du geste.

Changement d'ambiance aujourd'hui avec l'avènement d'un nouveau mot-dièse populaire parmi les jeunes utilisateurs du site de partage de photos: #aftersex. Comme son nom l'indique, il s'agit ici de se prendre en photo à bout de bras après l'acte sexuel, avec ou sans son partenaire, avec des résultats variés comme le montre avec humour BuzzFeed à travers ses fameuses listes de photos.

Et cette nouvelle tendance n'a pas manqué de déclencher une nouvelle série de tribunes réprobatrices. Dans le magazine TIME, Kelly Conniff écrit:

«A une époque où l'on décide d'acheter des vêtements dans un magasin parce qu'on a déjà pris la photo Instagram parfaite de nous-mêmes les portant dans notre tête, il est effrayant de se demander si l'on va commencer à mettre en scène nos moments les plus désinhibés. Et bientôt, au lieu de penser à ce qu'il vient de se passer avec un autre être humain, nous arrangerons nos moindres mouvements de la même manière que nous arrangeons notre nourriture dans des assiettes pour que tout ait l'air bien avant de choisir un filtre d'image.

Il y a des sociologues qui pensent que publier des selfies peut être un exercice sain pour de jeunes personnes qui n'arrivent pas à s'exprimer. Mais #aftersex est peut-être la définition de pousser le concept un peu trop loin.»

Dans la section participative «Comment is free» du site du Guardian, la journaliste de mode Harriet Walker estime que #aftersex est la trahison ultime de l'intimité:

«Nous vivons dans une culture du porno, une hyper-réalité dopée au sexe où tout le monde doit en permanence en faire ou en parler. Mais le sexe qui infuse notre vie quotidienne [...], s'il n'a jamais été aussi explicite et facilement disponible, est une version stylisée et aseptique de quelque chose bien plus intime. Les gens qui y accolent  leurs noms, visages et d'autres parties du corps sont des célébrités, des travailleurs du sexe et même des acteurs.

Le "after-sex selfie" [...] est quelque chose de bien différent. Ce n'est pas sexy, et c'est surtout une énorme intrusion dans le seul, et peut-être le plus grand, moment d'intimité qu'il nous reste dans un monde où tout doit être téléchargé publiquement sur un fil d'actualité numérique simplement pour prouver que nous l'avons fait.»

Il ne reste plus qu'à attendre la seconde vague d'éditoriaux qui prendront cette fois la défense d'un phénomène qu'il sera devenu trop facile de critiquer.

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