Réchauffement climatique: la meilleure sensibilisation passe peut-être par notre estomac

Rain's Is Coming, Farms & Crops, IA 7-26-13n/ Don Graham via Flickr CCLicence By

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Le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a rendu public le 31 mars le deuxième volet de son cinquième rapport sur le changement climatique. Parmi les impacts observés, les inondations, les maladies, les migrations, les risques de conflit, mais aussi les pénuries et l’insécurité alimentaire.

Concernant ce dernier point, le rapport souligne que «tous les aspects de la sécurité alimentaire sont potentiellement affectés». Les rendements des récoltes de blé, maïs et riz devraient être réduits, à cause des hausses des températures. On manquera d’eau pour irriguer et les intempéries se feront plus fréquentes. La situation devrait s'aggraver après 2050, et toucher davantage les pays d’Afrique et d’Amérique du Sud.

Jean-François Soussana, un des co-auteurs du rapport, explique ainsi, dans une interview au Monde.fr:

«Au niveau régional, c'est encore assez disparate, avec un effet plutôt positif du niveau actuel de réchauffement aux latitudes élevées, mais les effets sont déjà négatifs ailleurs. Au niveau mondial, le rendement du blé a perdu un peu plus de 5% entre 1980 et 2010 par rapport à un climat qui n'aurait pas été perturbé. Et pour ce qui est de l'avenir, nous avons désormais un certain nombre d'études qui soulignent la sensibilité des grandes cultures (riz, maïs, blé, etc.) à des températures diurnes de l'ordre de 30°C... Un certain nombre d'infections fongiques ou de pathologies véhiculées par des insectes vont se renforcer sur les cultures, en particulier en Europe.»

On prévoit un léger déclin des récoltes chaque décennie. Léger mais très inquiétant quand on le compare à l’augmentation de la demande globale.

Justement, concevoir le changement climatique comme un problème alimentaire (touchant donc un besoin vital), utiliser le prisme de la nourriture, pourrait peut-être permettre de «sortir de l’impasse politique» et de mobiliser plus largement sur ce thème, suggère un article du Guardian. D’ailleurs, «des universitaires et des militants se penchent déjà sur ce sujet de l’alimentation comme une meilleure façon de se connecter avec le public».

Pour Rachel Kyte, vice-présidente de la Banque mondiale en charge du développement durable, l’alimentation est un lien immédiat et personnel. Elle explique au Guardian, peu avant la sortie du rapport:

«La question alimentaire sensibilise le public à ces problèmes beaucoup mieux que toute autre. D’une certaine façon, nous n’avons pas été capables de vraiment mobiliser les gens en leur disant de conduire une voiture hybride ou d’éteindre la lumière. (…) Il y a une façon de parler de ce que l'on mange qui permet d'engager la discussion autour du changement climatique.»

Pour elle, remplir son assiette est un souci universel et direct, plus que la fonte des glaces ou l’extinction d’espèces:

«Tu veux pouvoir nourrir tes enfants. C’est la même préoccupation, que tu sois riche ou pauvre. Nous n’avons pas encore énormément mis l’accent sur l'alimentation, mais c’est le moment de le faire.»

En bref, selon elle, on réagit forcément plus à une cause qui nous touche directement (et touche notre estomac, qui plus est). Tim Gore, responsable des dossiers alimentation et changement climatique chez Oxfam, confirme aussi au Guardian:

«Il ne s’agit plus seulement de la vision des agriculteurs pauvres de certaines régions touchés par le changement climatique. C’est une vision d'une agriculture mondiale frappée –Etats-Unis, Russie et Australie inclus– avec des implications globales sur les prix.»

Ce qui pourrait, selon lui, encourager les gens à se poser un peu pour réfléchir à tout ça.