Sciences / Life

Selon une étude américaine, les chercheurs passent trop de temps à vouloir avoir leur nom dans un article qui commence par «selon une étude»

Temps de lecture : 2 min

Un scientifique / US Army RDECOM via Flickr CC License By
Un scientifique / US Army RDECOM via Flickr CC License By

Trop d’articles scientifiques tuent-ils la science? C’est en quelque sorte ce que montre une étude d’Arturo Casadevall, du Collège de médecine Albert Einstein à New York, «Les causes de la persistance de la folie du facteur d’impact», publiée sur mBio. Le site Mother Broad résume:

«La terrible envie de publier dans un journal académique prestigieux engendre une “folie” qui a conduit les scientifiques à se consacrer à la publication d’études qui peuvent potentiellement faire l’actu, au lieu de se concentrer à faire de la science de qualité.»

Pourquoi veulent-ils absolument être publiés dans de telles revues? La réponse tient en une expression: «impact factor», ou «facteur d’impact» en français. Pour résumer, cet indice bibliométrique mesure le nombre de fois qu’un article est cité dans d’autres revues scientifiques. Les grands gagnants sont bien entendu les revues reprises le plus grand nombre de fois.

Mais au fil du temps, le facteur d’impact a dévié de son but initial, expliquent Marie Del Volgo et Roland Gori, dans un article consacré précisément à la bibliométrie, publié sur I-revue:

«Bien que le facteur d’impact ait été créé à l’origine comme mesure de la réputation d’une revue, il est de plus en plus employé comme mesure de la productivité des chercheurs.»

Voilà pourquoi Arturo Casadevall parle de «folie du facteur d'impact» : ce qui compte pour les scientifiques, ce n’est plus la science elle-même, mais l’obsession de voir un jour son étude publiée dans Science, Nature, ou Cell. A la clef de ces publications, les récompenses pleuvent: «emplois, bourses, visibilité», détaille Arturo Casadevall. Marie Del Volgo et Roland Gori concluent:

«Le facteur d’impact est une mesure de popularité, non de prestige.»

C’est bien là que le bât blesse. Comme le développe longuement Motherbroad, être publié dans une revue scientifique prestigieuse ne garantit pas de la qualité de l’étude. Casadevall donne l’une des explications à cela:

«Exiger des scientifiques qu’ils mènent des recherches avec un haut facteur d’impact crée un biais fort: cela les décourage de faire des recherches très risquées et cela réduit les chances de découvertes révolutionnaires inattendues.»

Il faut en effet travailler vite, pour être publié le plus possible sur une période donnée, le facteur d'impact étant calculé sur deux ans.

Arturo Casadevall donne plusieurs pistes pour pallier ces imperfections de la bibliométrie, notamment le «boycott des revues prestigieuses». Pour lui, les seuls qui peuvent vraiment changer ce système, ce sont les chercheurs eux-mêmes:

«Le seul remède au facteur d’impact doit venir des scientifiques eux-mêmes. Si les scientifiques ne parviennent pas à limiter leur folie de l’impact factor, ils vont transmettre à leurs successeurs un système de valeurs faussé qui récompense l’accumulation de publications dans des journaux exclusifs plutôt que l’acquisition de savoirs, et qui promeut une obsession du succès individuel plutôt que celle du service rendu à la société»

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