Égalités / Life

Les hommes et les femmes ont le même cerveau. Ne croyez plus les études qui vous disent le contraire

Temps de lecture : 2 min

Cerveau / Jeanne Menj via Flickr CC License By
Cerveau / Jeanne Menj via Flickr CC License By

«Les femmes ne savent pas lire les cartes», «les femmes sont plus bavardes que les hommes». Pourquoi? Beaucoup répondent «le cerveau». Oui, même à Slate, nous avons pu à quelques reprises relayer les explications neurologiques de ces clichés. Mais Popular Science nous en conjure: «Arrêtez de chercher des différences “programmées” entre les hommes et les femmes».

Le magazine scientifique fait référence à une étude de décembre 2013 menée par Madhura Ingalhalikar et d’autres biologistes et neuropsychiatres de la faculté de médecine de Pennsylvanie, qui avançait que les cerveaux des hommes et des femmes fonctionnaient différemment.

Pour Popular Science, de telles affirmations ne doivent plus être énoncées:

«L’étude est criblée d’hypothèses défectueuses et de biais méthodologiques. Pire encore, ce genre de problèmes pèsent sur chaque étude qui prétend montrer une explication “programmée” du pourquoi les hommes et les femmes se comportent différemment.»

Ces «biais méthodologiques», selon Catherine Vidal, directrice de recherches à l’Institut Pasteur, résultent surtout d’études menées sur des échantillons très restreints. Dans une interview donnée à L’Express en novembre 2013, l’auteure du livre Cerveau, Sexe et Pouvoir réaffirmait que les cerveaux des hommes n’étaient pas différents de ceux des femmes:

«Deux femmes peuvent avoir le cerveau bien plus différent qu’un homme et une femme.»

Depuis plusieurs années, Catherine Vidal tente d’ancrer dans les esprits cette affirmation, et de chasser ce qu’elle appelle le «neuro-sexisme». En 2005 déjà, dans Libération, elle regrettait le manque de diffusion de certaines recherches scientifiques vérifiées sur le cerveau:

«Tout se passe comme si, dans le domaine de la différence des sexes, rien n'était réactualisé. Comme si on ne retenait que les résultats qui correspondent à la démonstration que l’on veut donner.»

Et en effet, malgré de multiples démonstrations du fait que le cerveau n’a pas de sexe, les théories qui prétendent le contraire ont encore beaucoup d’écho. Preuve en est faite avec celle de décembre 2013 évoquée plus haut. Scilogs, qui rapporte cette recherche, met en garde:

«Le grand débat sous-jacent est celui de l’innéisme: les femmes et les hommes sont-ils différentes cérébralement à cause de leur biologie, ou à cause de la société qui leur impose des fonctionnements différents? L’étude ne dit rien sur ce point.»

Catherine Vidal donne des éléments de réponse à cette question. Le mot-clé est «plasticité cérébrale». Elle s’explique:

«Nos expériences personnelles modifient la structure du cerveau.»

En fonction de nos agissements, le cerveau développe ou ne développe pas certaines capacités. C’est ça, la «plasticité cérébrale». Dans Slate, Titiou Lecoq résumait ce phénomène avec humour:

«Du coup, effectivement, si c’est toujours Gwendolino qui lit la carte routière, le cerveau de Gwendoline ne développera pas cette capacité.»

Camille Jourdan Journaliste

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