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Votre réussite socio-économique dépend-elle de vos gènes?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 17.03.2014 à 11 h 39

Know your futur for only 999$ with DNA test _DDC6285.JPG / thierry ehrmann via Flickr CC License By

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Les résultats que Gregory Clark, économiste à l’université de Californie, présente dans son livre The son also rises, «ne sont pas une bonne nouvelle», écrit Clive Crook sur Bloomberg. «Il y dit que le statut socioéconomique est principalement une question de nature et non de culture».

L'économiste a travaillé sur le destin de générations sur plusieurs siècles et dans plusieurs sociétés aux régimes politiques très divers (Etats-Unis, Chine, Suède, Chili, Angleterre, Inde, Japon, Corée du Sud), observant les mobilités sociales de génération en génération en traquant les noms de famille rares des grandes familles de l'aristocratie.

Il arrive à la conclusion que le statut social des générations n’évolue que très peu et que les noms des familles de l’élite conservent leurs avantages à travers le générations. «Les noms rares ou distinctifs associés aux familles de l’élite sont toujours de nombreuses générations plus tard représentés d’une manière disproportionnée dans les élites contemporaines», écrit l’auteur dans une tribune au New York Times.

«Si votre nom de famille est rare, et que quelqu’un qui portait ce nom est allé à Oxford ou à Cambridge des les années 1800, vos chances d’aller dans une de ces universités sont d’environ quatre fois supérieures à celles de la moyenne».

«Le statut social s’hérite aussi fortement que s’il était un trait biologique comme la taille», écrit Bloomberg. La transmission du capital financier et du capital culturel (diplôme, aisance culturelle, accès à la culture, etc.) explique en général ce mécanisme de reproduction sociale. La sociologie de l’éducation a depuis longtemps montré que le propre de cette reproduction était de transformer ce privilège de l’héritage en une reconnaissance du talent et de valeur intrinsèque de l’enfant – l’astuce étant très précisément de faire passer ce qui s’hérite pour ce qui se mérite, si l’on s’en tient aux explications sociologiques.

Mais le travail de Clark arrive à une conclusion légèrement différente et aux implications «incendiaires» écrit le Wall Street Journal. Gregory Clark considère que ces avantages s’expliquent par une «compétence sociale», qu’on peut définir comme «une unité de gènes, valeurs, avantages matériels, et talent ou tendance à choisir un partenaire qui a la même compétence sociale que la vôtre».

«D’une manière générale, la mobilité sociale a des caractéristiques qui n’excluent pas la génétique comme un lien dominant entre les générations», écrit-il encore. Une conclusion qui rappelle la thèse néoconservatrice controversée de The Bell curve, de Charles Murray et Richard J. Herrnstein, selon laquelle le destin des individus dépend d’abord de leur QI, ce dernier se transmettant en partie par les gènes.

Pour The Economist, «[le livre de Gregory Clark] peut ne pas être un livre raciste, mais il fait commerce du déterminisme génétiqueDans sa tribune au New York Times, l’auteur s’en défend:

«Pour être clair, nous n’avons trouvé aucune preuve que certains groupes ethniques étaient meilleurs que d’autres d’une manière innée. Les groupes de très haut statut social aux Etats-Unis incluent les Juifs ashkénazes, les Egyptiens coptes, les Iraniens musulmans, les Indiens hindouistes et chrétiens et les Africains de l’Ouest.»

«Le déterminisme génétique est une chose affreuse à observer, et c’est une théorie dont nous souhaiterions qu’elle soit fausse. Malheureusement, cela ne la rend pas fausse», écrit l’éditorialiste de Bloomberg. Cela ne la rend pas vraie non plus... Et Gregory Clark est donc voué à se faire des ennemis dans les deux camps qui s’affrontent sur la question des causes de la réussite sociale, comme il l'admet dans sa tribune:

«Ces résultats pourront surprendre deux groupes qui s’opposent souvent sur le plan politique: ceux qui croient que certaines ”cultures” réussissent plus que d’autres et ceux qui attribuent le succès aux ressources familiales et aux réseaux».

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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