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Pourquoi Beyoncé ou Victoria Beckham veulent-elles bannir «bossy» du vocabulaire?

Camille Jourdan, mis à jour le 11.03.2014 à 18 h 41

«Qu'ont Beyoncé, Jennifer Garner et Condoleezza Rice en commun?» titre Elle Belgique le 11 mars. La réponse: «Ban Bossy».

Victoria Beckham se mobilise aussi

Bannir le mot «bossy» (autoritaire, dirigiste) du vocabulaire des anglophones; c’est le projet de Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook, et d'Anna Maria Chávez, PDG des Girl Scout of the USA. Ensemble, elles ont lancé la campagne «Ban Bossy», et sont soutenues par des célébrités tant du monde politique, que du cinéma ou de la chanson.

Elles s'en expliquent dans le Wall Street Journal. Anna Maria Chávez dit:

«Depuis plus d’un siècle, le mot bossy a pris une connotation à la fois négative et féminine.»

Sur la page d’accueil du site «Ban Bossy», on peut lire:

«Quand un petit garçon s’affirme, on dit que c’est un “leader”. Mais quand une petite fille fait la même chose, on risque de lui reprocher d’être autoritaire [“bossy”]»

Plusieurs exemples semblent leur donner raison. Pour n’en citer qu’un, le site Reverso donne en effet un sens très féminin à ce que Sheryl Sandberg appelle «l’autre “B-word”» (le premier étant l’insulte bitch): le traducteur en ligne donne parmi ses propositions de traductions l’expression «a bossy little girl», qu’il traduit par «une petite fille qui mène tout le monde à la baguette».

A en croire Shirley Sandberg, cette utilisation du mot «bossy» expliquerait en partie pourquoi, par exemple, «seulement 5% des dirigeants des 500 premières entreprises américaines sont des femmes», comme elle le rappelle dans Parade.

«Dire à une fille qu’elle est “autoritaire” [“bossy”] non seulement élimine sa capacité à se voir comme une leader, mais cela influence également la manière dont les autres la traitent.»

Pour autant, bannir le mot «bossy» du vocabulaire est-il la solution? Beaucoup n’en sont pas convaincus. Une blogueuse du Washington Post, Alexandra Petri, fait partie de ceux-là:

«Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles c’est une solution pauvre par rapport au problème. La première est que les personnes qui sont d’accord pour bannir le mot “bossy” ne sont pas les personnes qui se mettent en travers de la route des jeunes femmes qui veulent devenir des leaders.»

Katy Waldman, sur Slate.com, détaille ce raisonnement, en soulevant un problème plus profond, qui est celui du sexisme, en particulier celui envers les femmes qui dirigent:

«Est-ce que l’interdiction aidera à régler le problème de cette pensée rétrograde sous-jacente, ou est-ce qu’on s’en remettra simplement à d’autres mots, comme “véhémente”, “énervée” ou “émotive” pour faire le même travail minimisant?»

De la même manière, Time voit ce projet «Ban Bossy» comme perdu d’avance. Le magazine dresse une liste de différents mots que les gouvernements, ou certaines organisations ont tenté de bannir de leur vocabulaire. Ainsi, on y apprend que les termes «lesbienne», «tornade», «immigrant illégal» ou «quid pro quo» ont failli disparaître de nos conversations. Sans que cela aboutisse.

Quelle solution adopter? Katy Waldman propose tout l’inverse du projet de Sandberg:

«“Bossy” apparaît comme un bon candidat pour être réhabilité [dans notre vocabulaire]: il est lié à un nom positif, boss [patron], et l’utiliser pour parler de quelqu’un qui a des “compétences d’un cadre de direction” pourrait aider à normaliser l’idée que les femmes peuvent avoir de postes à responsabilités.»

Camille Jourdan
Camille Jourdan (139 articles)
Journaliste
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