LifeLu, Vu & Entendu

«The Last Man», ou comment être le dernier à connaître le gagnant du Super Bowl

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 24.02.2014 à 16 h 45

Purple People Packed In Tight at the Super Bowl XLVII Victory Celebration 2/5/2013 DSCN5243 / David Robert Crews via Flickr CC License By

Purple People Packed In Tight at the Super Bowl XLVII Victory Celebration 2/5/2013 DSCN5243 / David Robert Crews via Flickr CC License By

La station de radio On the Media a consacré son émission TLDR à un jeu fascinant auquel participent chaque année quelques allumés aux Etats-Unis: être la dernière personne du pays à apprendre le nom du vainqueur du Super Bowl (qui cette année avait lieu de 2 février).

Les joueurs de The Last Man –«le dernier homme»– doivent rester sur leurs gardes à chaque instant pour ne pas être mis au courant du «Knowledge» –«la connaissance»–, dans une guerre asymétrique menée contre la société de l’information pour éviter de «mourir», c’est-à-dire d’apprendre le nom de l’équipe gagnante.

Selon un commentateur de l’émission:

«Même si vous vous foutez du Super Bowl, de Mickael Jackson, si quelque chose d’important arrive, vous allez le savoir, que vous le vouliez ou non.»

Le dimanche soir, il suffit certes de changer de chaîne, de lire un livre ou d’aller au cinéma pour éviter de découvrir quelle équipe a gagné. Mais la partie la plus ardue débute le lendemain: toute conversation entre collègues, tout email, sont susceptibles de contenir l’information. Bien évidemment, la consultation des réseaux sociaux est hors de question. Sur Twitter, quand un concurrent «meurt», il annonce la cause du «décès»: «mort par radio», «mort par sujet d’email», «mort par alerte du New York Times», etc.

Kyle Whelliston, fondateur du blog Mid Majority, a inventé le jeu à la fin des années 1980, précisait en février 2013 Business Insider. Certains tiennent plusieurs années sans connaître le résultat du Super Bowl. Brendan Loy, un joueur amateur de foot américain, expliquait:

«Pour certains, c’est quelque chose d’idéologique, comme s’ils se rebellaient contre la norme culturelle selon laquelle nous devons tous nous soucier du Super Bowl.»

TLDR donne la parole à des concurrents très motivés. L’un d’eux est même un journaliste qui commençait un nouveau job au Wall Street Journal à New York le lendemain de la finale du Super Bowl. Il a dû prendre un détour pour ne pas passer devant l’Empire State Building, qui se pare des couleurs de l’équipe gagnante, et a réussi à travailler deux jours dans sa rédaction sans apprendre le nom du gagnant…

Le mercredi matin d’après la finale, la journaliste de TLDR contactait David, l’un des derniers participants. Il avoue ne plus s’amuser après trois jours de vie sous tension. Il est privé de médias, Twitter est devenu trop dangereux puisque des «sabotteurs» tentent de le joindre pour le faire perdre. Il a peur d’aller sur Internet. Il aimerait regarder les JO de Sotchi, mais il craint qu’un commentateur sportif ne fasse référence au Super Bowl.

«Rien n’a contrôlé ma vie comme le Super Bowl l’a fait ces soixante dernières heures», admet-il. Après trois jours, 14 heures et 12 minutes, David s’est senti confiant et il est retourné sur Twitter: un malveillant qui l'attendait l’a alors piégé. «Mort par Twitter.»

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte