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Prend-on le même genre de selfie à Bangkok, Berlin, Moscou, New York ou São Paulo?

Temps de lecture : 2 min

Capture d'écran d'une compilation de photos collectées par «Selfiecity»

Selfie par ci, selfie par là: des joueurs de foot à l'usager lambda en passant par les stars de la pop, tout le monde semble aujourd'hui se livrer à cet exercice photographique, qui désigne une façon de se tirer le portrait sur son mobile (le plus souvent bras tendu, appareil retourné). Le terme est même rentré dans les Oxford Dictionnaries (Robert d’outre-Manche) et ne manque pas de susciter des commentaires à chaque fois qu'il ressort dans l'actualité. Ainsi quand Barack Obama ose tendre le bras pour se photographier aux funérailles de Nelson Mandela, ou quand un journaliste politique du Monde immortalise sa visite dans le Bureau ovale de la Maison Blanche.

Nouveau phénomène de société? Ce qui est sûr, c'est que des chercheurs spécialistes en analyse de données, histoire de l'art ou bien encore culture visuelle, ont décidé de prendre les selfies au sérieux, en disséquant 3.200 clichés pris sur l'application Instagram dans cinq mégalopoles à travers le monde: Bangkok, Berlin, Moscou, New York et São Paulo.

Intitulé «Selfiecity», le projet vise à «enquêter sur le style d'autoportraits (selfies)» dans ces différentes villes: les femmes et les hommes se prêtent-ils autant à l'exercice? Quelle région du monde compte les portraits les plus souriants? L'inclinaison de la tête sur les portraits varie-t-elle de façon drastique en fonction de la localisation des clichés?

Les selfies classés selon le «genre et l'âge par ville»

Dans un site très abouti, illustré de graphiques et d'applications esthétiques et ludiques, les chercheurs ont ainsi déterminé que «les selfies des femmes montrent des poses plus expressives», différence particulièrement notable dans l'inclinaison de la tête, «en moyenne 150% fois plus élevée que celle des hommes». En la matière, «São Paulo est la plus extrême» avec une inclinaison moyenne de 16,9 degrés.

«Selfiecity» est un projet qui découle d'une première expérience d'analyse photographique menée en 2013, qui étudiait 2,3 millions de clichés réalisés sur Instagram dans 13 villes différentes, explique l'équipe de recherche. Si la quantité d'images traitées est ici plus modeste, elle reste impressionnante: avant d'arriver aux quelques milliers d'autoportraits sélectionnés, 120.000 photos ont été retenues sur les quelque 656.000 prises sur Instagram dans les environs des villes étudiées, sur une période allant du 4 au 12 décembre 2013. Elles sont ensuite passées à la moulinette d'une première sélection:

«Nous avons demandé aux travailleurs de Mechanical Turk [service d'Amazon qui propose aux internautes des «micro-tâches» rapides à exécuter et parfois rémunérées] la simple question: "cette photo montre-t-elle le selfie d'une personne?"»

A partir de la réponse des internautes (qui connaissaient manifestement la signification du terme selfie), les chercheurs ont retenu 1.000 clichés pour chaque ville, qu'ils ont remis sur la plateforme d'Amazon, afin cette fois d'obtenir une analyse plus poussée: «deviner l'âge et le genre de la personne» sur le cliché. Ces photos ont également été traitées par un logiciel d'analyse faciale, et manuellement par «un ou deux membres» de l'équipe. 640 d'entre elles ont enfin été retenues pour chaque ville.

Les selfies classés selon une forte inclinaison de la tête vers la gauche. Vous aussi, jouez avec les critères dans le «Selfie Exploratory»
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Si le résultat n'est pas toujours parfait, il est par ailleurs complété par un ensemble d'écrits théoriques, et permet d'obtenir des galeries impressionnantes de portraits, dans lesquelles il est possible de faire varier les critères (sexe, attitude, yeux ouverts ou fermés...). Résultat qui n'est pas sans rappeler un autre projet récent, plus artistique celui-là, qui se penchait aussi sur la mise en scène de soi et la construction de son image sur les réseaux sociaux, «The Faces of Facebook».

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