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Les hommes et les femmes ne font pas les mêmes cauchemars

Katy Waldman, mis à jour le 04.02.2014 à 12 h 42

Le cauchemar, Johan Heinrich, 1781-82.

Le cauchemar, Johan Heinrich, 1781-82.

Les femmes rêvent-elles différemment que les hommes? Des chercheurs de l’université de Montréal se sont plongés dans l’inconscient des genres dans une nouvelle étude à paraître dans la revue Sleep. Leur centre d’intérêt: les cauchemars, définis comme des rêves suffisamment intenses et dérangeants pour vous réveiller (un rêve désagréable qui ne vous réveille pas est tout simplement un mauvais rêve).

L’étude a révélé un tas de faits captivants sur les cauchemars en général qui se révèlent «plus bizarres» et «moins rationnels» que des rêves normaux, et qui ne provoquent pas nécessairement la peur. Environ un tiers de ces calvaires nocturnes engendre de la tristesse, de la confusion, de la culpabilité ou du dégoût. Mais ce que je trouve particulièrement intéressant, c'est de découvrir que les sujets des cauchemars varient selon les sexes.

Les chercheurs Geneviève Robert et Antonio Zadra ont collecté près de 10.000 comptes-rendus de rêves de 572 hommes et femmes pendant deux à cinq semaines. Des études antérieures fondées sur des questionnaires s’étaient concentrées sur les souvenirs brumeux de rêves («Bien sûr, je crois que j'ai rêvé que je tombais»). Mais dans celui-ci, les participants ont archivé leurs rêves le matin, immédiatement après leur réveil. Sur les 9.796 rapports, 253 ont été qualifiés de cauchemars. En analysant les thèmes et les contenus émotionnels, les chercheurs ont constaté que les hommes étaient plus susceptibles de faire des cauchemars à propos de catastrophes naturelles (inondations, tremblements de terre, incendies, volcans), de fuites, de poursuites, et d’insectes. Les cauchemars des femmes témoignent plus souvent de conflits interpersonnels, comme une dispute avec leur conjoint et plus fréquemment de sentiments d’humiliation, de frustration, ou d’impuissance.

Pourquoi cela? J’ai d’abord pensé que, alors que les femmes ne peuvent admettre face aux chercheurs que leurs ex-petits copains les hantent toujours, les hommes rendent seulement compte de scénarios les plus cataclysmiques. (Tsunami!) D’autre part, «le contenu des rêves est lié aux préoccupations d’éveil», m'a expliqué Antonio Zadra au téléphone. «Pour les femmes, en moyenne, les dimensions sociales ou interpersonnelles peuvent être émotionnellement plus importantes.» Comme Antonio Zadra le souligne, un intérêt interpersonnel apparaît également dans les rêves érotiques des femmes. Alors que les hommes rêvent souvent de partenaires sexuelles qui n’existent pas dans la vraie vie, les rêveuses sont plus susceptibles de fantasmer sur des connaissances spécifiques: conjoint, anciennes passions, collègues, amis.

«De plus, les cauchemars commencent rarement comme des cauchemars», explique Antonio Zadra. «Habituellement, ils commencent dans un mode neutre et banal.» Avant que le clown tueur arrive ou que le parent proche tombe malade, dit-il, les cauchemars des femmes contiennent souvent des instants de convivialité. Et quand le dormeur est une femme, même un cauchemar qui bat son plein va fréquemment inclure un personnage utile. Ce n'est pas vraiment le cas pour les hommes, qui tendent à naviguer dans leur monde onirique seuls.

Alors que les cauchemars occasionnels sont des expériences universelles, (comme le copain qui raconte son cauchemar pendant deux heures au brunch), l’étude constate que les rêves douloureux se produisent beaucoup plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes. Cela pourrait être parce que les femmes ont un meilleur souvenir de leurs rêves en général, explique Antonio Zadra, ou cela pourrait refléter le fait que les conditions qui provoquent les cauchemars, l’anxiété, la dépression, sont plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes. (Ou, n’oublions pas celui-là, les hommes pourraient rendre compte de moins de rêves effrayants, parce qu’ils sont des mecs forts qui passent leur cycle de sommeil à ne pas avoir peur, mais pas du tout.)

L’explication de cet écart de cauchemars selon les sexes pourrait être enfouie dans les 572 compte-rendus de rêve, qui reposent maintenant dans un «référentiel de rêve» dans le département de psychologie de l’Université de Montréal. (Cela ne ressemblerait-il pas à une configuration tout droit sortie du Passeur, ou de l’inconscient de Christopher Nolan?) J’imagine les journaux classés dans des boîtes gardées par un garde à tête de reptile qui porterait ou pas de manteau, et les murs sont faits de sucettes orange, et puis, toutes mes dents tombent.

Katy Waldman

Traduit par A.L.S

Katy Waldman
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