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La gentrification n'a pas que des aspects négatifs

Raphaël Czarny, mis à jour le 24.01.2014 à 11 h 04

Un tag Fuck Gentrification dans le quartier de Williamsburg, à New York. Payton Chung via Flickr CC Licence By

Un tag Fuck Gentrification dans le quartier de Williamsburg, à New York. Payton Chung via Flickr CC Licence By

Et si la gentrification, cette arrivée des classes moyennes supérieures dans un quartier pauvre, était une bonne chose?

C’est la question posée par Laura Sullivan, dans un article publié sur le site de la National Public Radio. La journaliste s’est tournée vers un quartier de Washington DC, à l’angle de la 6e rue et de H street, à quelques kilomètres de la Maison Blanche, mais plus loin encore du bonheur, surtout dans les années 1980 lorsque le crack a envahi la ville comme une traînée de poudre.

Mais, depuis le retour de la bourgeoisie dans le cœur des villes américaines, cette fameuse «gentrification», le quartier s’est enrichi, de nouveaux magasins se sont installés. Et les anciens résidents? Ils sont restés.

«Pendant 30 ans [la gentrification] a été un gros mot. […] Qui évoque l’image d’habitants obligés de quitter leurs maisons. Mais une série d’études montrent que les quartiers gentrifiés pourraient aussi être une aubaine pour les résidents de longue date –qui, après tout, pourraient bien ne pas déménager.»

Ainsi Bobby Foster, qui habite le quartier depuis cinquante-quatre ans, explique que «les conséquences positives surpassent les effets négatifs». Pour soutenir cette théorie, Laura Sullivan fait appel à deux études: celle de Lance Freeman sur la mobilité des habitants des quartiers gentrifiés qui montrait, à la surprise de Freeman lui-même, «que les gens dans les quartiers en voie de gentrification déménagent moins fréquemment». Les premières études de Freeman portaient sur New York, un cas typique de gentrification (avec, comme symbole, le quartier noir de Harlem).  

La deuxième étude est celle de Daniel Hartley, chercheur de la Réserve Fédérale de Cleveland qui montre que «la santé financière des résidents originels des quartiers gentrifiés semble s’améliorer, comparé aux résidents originels des quartiers qui ne sont pas gentrifiés, des quartiers bon marché.» Il existe donc des «côtés bénéfiques […] sur lesquels nous ne nous étions pas penché, qui peuvent en fait aider les habitants originels de ces quartiers.»

Car la gentrification est largement perçue comme un phénomène négatif. De nombreuses manifestations ont porté sur les effets négatifs de la gentrification, notamment la manifestation new-yorkaise du 6 août 1988 sur la «guerre des classes» ou la «guerre contre les pauvres», voire plus proche de nous l’offensive des Berlinois contre la gentrification du quartier de Prenzlauer Berg. Et même à Washington, entre la 6e rue et H Street, tout n’est pas rose. L'épicerie Murry’s, qui fait l’angle, fermera bientôt, remplacé par un marché bio.

Raphaël Czarny
Raphaël Czarny (49 articles)
Journaliste
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