Boire & mangerLife

De l'assiette au paysage (et vice-versa)

Lucie de la Héronnière, mis à jour le 22.01.2014 à 16 h 11

Field/ Paul Williams via Flickr CCLicence By

Field/ Paul Williams via Flickr CCLicence By

Le dernier opus des Carnets du paysage est consacré aux nourritures. La revue part du principe que l’alimentation fabrique et façonne nos paysages, et vice-versa… Du coup, la publication s’intéresse cette saison aux évolutions conjointes de l’assiette et des paysages:

«L’interrogation sur l’alimentation est une fenêtre qui permet de “voir” les transformations des paysages, de les saisir dans leurs effets les plus concrets. On peut partir de l’assiette, pour ainsi dire, et remonter jusqu’au paysage, en suivant les liens matériels, symboliques et géographiques qui les unissent.»

Les interactions sont donc souvent concrètes, visibles, comme dans le cas du Triangle Vert, un projet agri-urbain mené dans l’Essonne. Mais aussi fortement symboliques... Dans son article «Paysages à boire et à manger», Gilles Fumey explique ainsi que le paysage est largement utilisé dans des discours de communication alimentaire:

«Sur la signalétique des bouteilles de vin figurent des représentations stylisées de vignobles, de murs enclos, de portes en fer forgé, avec la silhouette d’un clocher, d’une demeure bourgeoise ou d’un château. Sur les emballages de fromage, de chocolat, de jambon, sur les bouteilles d’huile d’olive, sur mille enveloppes de gâteaux et confiseries, sur les publicités, dépliants d’information de produits appelés “locaux”, le paysage est instrumentalisé.»

C’est vrai ça, ouvrez votre placard ou votre frigo, vous verrez sans doute une esquisse de village ou de sommets verdoyants quelque part. L’article suivant, «Le paysage comme élément d’identification d’un produit à son territoire: entre réalisme et symbolisme» se penche d’ailleurs sur le cas particulier du fromage Saint-Nectaire. Un échantillon d’étiquettes de ce fromage est analysé, d’un point de vue marketing et toujours symbolique. Il en ressort plusieurs façons de représenter le territoire et donc le produit: des paysages bucoliques et aterritorialisés, la nostalgie agricole, ou encore l’Auvergne des grands espaces…

Autre exemple des intéressants textes de cette revue, dans «Alimentaire, mon cher espace vert!», on parle de biodiversité citadine, d’abolition des frontières entre les zones agricoles où l’on produit et les zones urbaines où l’on consomme. Encore au-delà de l’agriculture urbaine (qui a de beaux jours devant elle, notamment dans des villes en avance comme New York ou Montréal), l’auteur se penche sur la cueillette en ville, comme une appropriation du terroir citadin. Grâce à un «inventaire de la manne urbaine», on comprend qu’il y a de quoi faire, notamment dans les friches, et pas seulement en ramassant des orties et des pissenlits.

A lire aussi, un article consacré à «la cuisine comme paysage», ou un étonnant texte sur «le pâté de ragondin, enquête sur un aliment limite». Car la bestiole (savamment appelée Myocastor coypus, le castor des marais), souvent considérée comme très nuisible et accusée de fragiliser les berges ou dégrader les cultures (et donc de modifier le paysage), est, à petite échelle, cuisinée en rillettes et autres préparations charcutières.

 Les Carnets du Paysage n° 25, Nourritures, Actes Sud et Ecole Nationale du paysage de Versailles, 26 euros. 

 

 

Lucie de la Héronnière
Lucie de la Héronnière (148 articles)
Journaliste
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