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Pourquoi on peut faire cuire un oeuf sur un court de l'Open d'Australie

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 16.01.2014 à 9 h 44

Le blanc de l'oeuf commence à coaguler à partir d'environ 60 degrés, température que la surface au sol peut atteindre quand celle de l'air dépasse largement les 40 degrés.

A l'Open d'Australie, le 15 janvier 2014. REUTERS/Brandon Malone.

A l'Open d'Australie, le 15 janvier 2014. REUTERS/Brandon Malone.

Première levée du Grand Chelem, l'Open d'Australie s'est ouvert cette semaine sous une chaleur caniculaire: la température sur les courts de Melbourne a dépassé les 42 degrés à l'ombre, mardi 14 janvier. Le Canadien Frank Dancevic a fait un malaise et expliqué qu'il avait vu Snoopy –oui– sur le court!

A 17 heures heure locale, ce même mardi, Andy Murray affrontait le Japonais Go Soeda (qu'il a vaincu en 1h30), et le Telegraph écrit qu’heureusement pour le Britannique, il n'était plus possible de faire cuire un oeuf sur la surface du court. Jo-Wilfried Tsonga, qui s’est qualifié le même jour pour le deuxième tour du tournoi, a lui même affirmé en rigolant sur France Info qu'il aurait pu faire une omelette sur place

Et ce jeudi 16, Douglas Robson, qui couvre l'événement, a tweeté une photo de l'expérience:

Comment est-ce possible?

La surface du court de l'Open d'Australie, le Plexicushion, est une résine acrylique. Comme l'explique CorD Magazine, la température peut atteindre jusqu'à 46°C à l'ombre pendant le tournoi du Grand Chelem australien, mais «la surface en Plexicushion se réchauffe tellement que [...] la température sur la surface du court peut atteindre 60°C autour de midi, quand les matchs ont lieu». Et encore, l'adoption du Plexicushion en 2008 par l'Open d'Australie a représenté une amélioration par rapport à la surface qui était jusqu'alors utilisée, le Rebound Ace, qui accumulait encore plus la chaleur.

Or, cette température de 60°C est tout à fait suffisante pour faire cuire un oeuf directement sur le sol. Hervé This, physico-chimiste à l’Inra et professeur à AgroParisTech, a démontré que le blanc d'oeuf commençait à coaguler à partir d'une température de 61 degrés, et le jaune à partir de 68 degrés. En deça, on peut laisser l'oeuf au four pendant trois jours, il ne bougera pas.

Ci-dessus, un «bel oeuf à 65°C» pris en photo par Hervé This

En 2009, le Daily Mail avait publié une photo d'un oeuf en train de cuire sur un des courts de l'Open d'Australie. La cuisson aurait pris dix minutes, lors d'une journée de record historique de chaleur –44 degrés Celsius à Melbourne et jusqu'à 48 degrés dans le Queensland.

«A l'oeil, cet oeuf est sans doute entre 61 et 64 degrés», nous apprend Hervé This après avoir vu la photo –il est capable d'estimer la température d'un oeuf au degré près et a créé toute une série de recettes de cuisine moléculaire autour de la cuisson de l'oeuf, «l'oeuf 6X°C», avec une prédilection pour celle à 67°C («mon chouchou», nous a-t-il confié). Et «le sol semble sombre de sorte qu'il a pu emmagasiner beaucoup de chaleur». Même si le revêtement reste théoriquement moins favorable que celui d'une casserole.

L'Open d'Australie va-t-il instaurer le même genre de tradition que la Vallée de la mort, aux Etats-Unis, où il est coutume d'essayer, au grand dam des gardiens, de faire cuire un oeuf  rien que grâce à la chaleur de l'atmosphère?

NDLE: article mis à jour le 16 janvier avec la photo tweetée par @dougrobson

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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