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Les médecins doivent-ils googler leurs patients?

Raphaël Czarny, mis à jour le 07.01.2014 à 17 h 52

Image de Super bond 1 via Flickr CC Licence By

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Confronté à son médecin traitant, lequel d’entre nous n’a jamais légèrement sous-estimé sa consommation de cigarettes ou surestimé son activité sportive? Pour autant, explique le docteur Haider Javed Warraich, les médecins ne doivent pas avoir pour premier réflexe d’aller chercher des informations sur leurs patients en passant par Internet. Le praticien du centre médical Beth Israel de Boston a publié une tribune sur le site du New York Times, lundi 6 janvier, pour expliquer les conséquences de cet acte sur la relation entre patient et docteur.

Le docteur Warraich ne s’oppose pas complètement à la «googlisation» des patients. Mais certaines informations ne sont pas bonnes à savoir. Il cite l’exemple de cette personne âgée, au souffle court, dans le corps de laquelle il retrouve des traces de cocaïne. La vieille dame ne sait pas pourquoi. Grâce à Internet, il découvre que sa patiente, il y a trois décennies, avait été emprisonnée pour usage de drogues.  Et vit sa découverte comme «une violation de la vie privée. Je repris l’examen médical, sans mentionner ma découverte […], et son séjour à l’hôpital n’eut aucune conséquence».

Mais sur un strict plan médical, la question est plus compliquée. Le docteur fait référence au cas d’une patiente de 26 ans, qui souhaite subir une double masectomie en arguant d’un héritage de cancer dans sa famille. Mais elle ne veut pas se soumettre à l’examen, et son récit est incohérent. Les médecins découvrent en la «googlant» que la patiente a deux pages Facebook: une dans laquelle elle fait un appel aux dons; l’autre dans laquelle elle apparaît le crâne rasé, comme après une chimiothérapie. Les chirurgiens n’opèrent pas.

Ce cas avait fait l’objet d’une étude du Hastings Center Report, publié en octobre 2013, et relayé par Slate.com. Deux arguments s’y opposaient: l’un pour la recherche Google, qui s’appuyait sur l’exemple du mensonge délibéré de cette patiente; l’autre contre la recherche, car l’érosion de la confiance était trop importante. Le docteur Warraich conclut sa tribune en rappelant que le principal risque est de rechercher une information sur Google avant de la demander au patient. De toute manière, si Google sait quel régime est le plus populaire dans chaque pays, il ne sait pas encore combien de cigarettes vous fumez par jour.

Raphaël Czarny
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Journaliste
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