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Le filtre anti-porno de David Cameron est dangereux. Et en plus il ne fonctionne pas.

Lost in the street / Newtown graffiti via FlickrCC license by

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Le filtre anti-pornographie mis en place en Angleterre par le gouvernement de David Cameron est la preuve par l'exemple de l'impossibilité de filtrer des bouts d'Internet sans dommages collatéraux.

Depuis quelques semaines, les fournisseurs d'accès Internet anglais doivent filtrer par défaut l'accès à Internet de leurs abonnés

O2, TalkTalk ou BT (l'équivalent de nos Free, SFR, Orange, Bouygues...) sont sensés empêcher leurs utilisateurs d'accéder à des sites de pornographie. 

Le filtrage se fait par défaut: c'est aux internautes de demander à leur fournisseur de ne pas censurer leur connexion.

Sauf que, comme auraient pu leur dire n'importe quels connaisseurs d'Internet (ceux qui n'étaient pas en train de se taper la tête contre les murs devant cette décision), le filtrage en ligne ne se fait pas sans dommages collatéraux: O2 a ainsi bloqué l'accès à plusieurs sites d'aide aux enfants en danger, dont certains mis en place par le gouvernement... Sachant que le gouvernement veut filtrer Internet pour «protéger les enfants», c'est un peu ballot. D'autant que les parents sont ceux qui peuvent désactiver ce filtre, ce qu'ils ne risquent pas de faire s'ils sont violents envers leurs enfants.

Les fournisseurs ont aussi bloqué l'accès au site de la British Library, de la National Library of Scotland (les équivalents de notre BNF), de plusieurs organisations pour les droits des femmes et des personnes LGBTQ, d'aide contre les violences domestiques...

Plus cocasse et moins grave, mais illustrant parfaitement le souci: les filtres interdisent l'accès aux sites du gouvernement et du parlement, ainsi qu'à ceux de certains hommes et femmes politiques dont Claire Perry, la membre du parlement qui a fait campagne pour ces filtres. 

Son site est justement bloqué à cause de cette campagne, explique Forbes: puisqu'elle était tellement pro-filtrage, «son site a beaucoup utilisé les mots "porno", "sexe" et autres, et est donc considéré comme pornographique».

Certains des fournisseurs d'accès ont modifié leurs filtres après la révélation de ces problèmes, mais cela ne résout pas tout, entre autres parce que les FAI ne donnent pas de liste des sites bloqués.

Ces déblocages ne suffisent pas, et révèlent le véritable souci du filtrage gouvernemental, estime Martin Robbins du New Statesman:

«Il n'y a pas de filtre anti-porno, et bloquer l'accès à Childline [site d'aide aux enfants en danger] n'est pas un accident. L'idée d'un filtre anti-pornographie sur Internet a toujours été une fiction politique, une expression aussi pratique que fausse pour conjurer des images de fisting hardcore et de viol anal dans l'imagination excessive des Anglais. Ce que les activistes ont vraiment demandé –et ce que les fournisseurs d'accès internet ont été obligés de mettre en place– est un "filtre contre les contenus répréhensibles".»

Pour le New Statesman, que des sites d'aides aux personnes en danger, d'information pour les personnes homosexuelles ou d'éducation sexuelle soient bloqués n'est pas un dommage collatéral: les ambitions de David Cameron sont toujours allées bien plus loin que la pornographie. Elles incluent les sites «violents», «avec du contenu proche de l'extrémisme», ceux «sur l'anorexie et les troubles alimentaires», le suicide, l'alcool et la cigarette, et les «forums web»!

Dans sa liste de filtres, BT incluait jusqu'à ce début de semaine «les sites dont le but principal est de donner des informations sur des sujets tels que le respect de son partenaire sexuel, l'avortement, le style de vie gay et lesbien, la contraception, les maladies sexuellement transmissibles et la grossesse».

BT a ensuite enlevé la référence au «style de vie gay et lesbien», mais le New Statesman doute qu'il soit allé au delà de cette modification de description. «Des mesures comme celles-ci ne seraient jamais prises contre le "style de vie hétérosexuel". C'est de la discrimination, pure et simple, encodée dans notre infrastructure nationale de communications».

Cette catégorie est désormais décrite par BT comme conçue «pour empêcher les jeunes enfants d'être exposés à des sites qui se concentrent de manière significative sur des sujets pouvant faire partie d'un programme d'éducation sexuelle». Le site rajoute: «Les parents devraient prendre en compte de façon attentive les effets négatifs qu'il peut exister à empêcher l'accès à des informations sur ce sujet à des enfants d'un âge approprié». Ou quand le site du fournisseur qui filtre l'Internet par défaut pour «protéger les enfants» conseille aux parents de ne pas activer l'un de ses filtres...

BT permet toujours aux parents de filtrer les «moteurs de recherche», «contenus sur la mode ou la beauté» ou «réseaux sociaux».

A noter pour nos lecteurs en Angleterre: «goawayCameron» permet de faire sauter tout filtrage sur Chrome.

C.D.

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