Sciences / Life

De nouveaux bébés à trois parents biologiques pourraient voir le jour

Temps de lecture : 2 min

Deux mitochondries de cellule pulmonaire / © Louisa Howard
Deux mitochondries de cellule pulmonaire / © Louisa Howard

Apparemment, Alana Saarinen est une ado de treize ans tout ce qu'il y a de plus normal. Sauf qu'elle est blonde, qu'elle joue du piano, et qu'elle a trois parents biologiques. Elle est née par la technique du transfert cytoplasmique, qui permettrait d'éviter la transmission de maladies mitochondriales. 116 autres enfants sont nés selon cette technique au début des années 2000, avant que la FDA ne stoppe cette procédure.

Aujourd'hui, des scientifiques des Etats-Unis et du Royaume-Uni demandent à ce que la technique soit de nouveau autorisée, dans une version améliorée. Mais cela pose des problèmes d'éthiques. Pour Sheldon Krimsky, bioéthicien et professeur à l'université de Tuft, il s'agit de «mélanger l'ADN de deux femmes dans un seul bébé, je ne vois pas comment est-ce que ça peut être éthique». En modifiant l'ADN d'une seule personne, on modifie aussi celui de toute sa descendance.

Alana partage ainsi l'ADN de Paul et Sharon Saarinen, ses deux parents. Ce sont eux qui ont fourni l'ovule et le spermatozoïde originels, mais ses mitochondries portent les gènes d'une autre femme, une donneuse, détaille le New York Times ce mercredi, pour éviter que sa mère ne lui transmette une maladie mitochondriale.

Les maladies mitochondriales sont rares (9 à 12 cas pour 100.000 personnes), incurables et parfois gravissimes. La seule façon de les éviter et de faire en sorte qu'un enfant ne naisse pas avec des mitochondries défectueuses. Comme l'explique le Times, la technique utilisée pour la naissance d'Alana n'est pas une première. Elle avait vu le jour au début des années 2000, dans le cerveau de Jacques Cohen, spécialiste de la fertilité au Centre Médical Saint-Barnabas de Livingston, New Jersey, quand il avait tenté de relancer la division cellulaire d'un oeuf infertile en remplaçant son matériel cytoplasmique par celui d'une cellule saine.

Les chercheurs qui veulent faire approuver cette technique répondent eux qu'il n'y a pas de preuve que la technique soit nuisible et qu'elle apporte au contraire un bénéfice aux femmes qui ne peuvent pas avoir naturellement un enfant en bonne santé. C'est la position de Nita Farahani, professeure de droit, de philosophie et de sciences politique du génome à l'université de Duke, interrogée par le Telegram: «Cela me semble être clairement du côté éthique et permissible. La technique n'est pas seulement prometteuse, mais aussi préférable au fait de laisser une femme sans possibilité d'avoir un enfant en bonne santé».

L'obstacle majeur à la validation de la technique, explique WBUR CommonHealth, un site de la radio publique américaine, est l'absence de suivi des enfants qui en sont nés. Les scientifiques n'ont aucune données sur leur développement, sur les risques que comporte le transfert cytoplasmique. Jacques Cohen, le médecin qui l'a mis au point, essaie maintenant de retrouver la trace des enfants, sans donner de délai quant aux résultats de sa recherche, qui ne portera que sur les 17 enfants de Saint-Barnabas.

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