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Pourquoi une odeur vous plaît alors qu'elle déplaît à votre voisin

Michel Alberganti, mis à jour le 16.12.2013 à 10 h 03

Valentine's Day de JimboRocks, sur Flickr

Valentine's Day de JimboRocks, sur Flickr

On savait que les goûts et les couleurs ne se discutaient pas, tant ces sensations sont personnelles. Il va désormais falloir rajouter les odeurs aux perceptions difficiles à partager. La faute aux 400 gènes qui codent pour nos récepteurs olfactifs.

Une différence minime dans ces protéines et une odeur qui paraîtra agréable à l’un pourra être déplaisante pour un autre, selon les cherches de l’université Duke qui ont publié leurs résultats dans la revue Nature Neuroscience du 8 décembre 2013.

Ces 400 gènes qui codent pour les récepteurs logés dans nos narines peuvent conduire à plus de 900.000 variations. Or ce sont ces récepteurs qui déterminent comment nous sentons les odeurs. Ainsi, un parfum donné active une série de ces récepteurs dans le nez et émet un signal spécifique vers le cerveau.

Hiroaki Matsunami, le professeur associé de microbiologie et de génétique moléculaire à l’école de médecine de l’université Duke qui a dirigé l’étude, estime qu’entre deux personnes quelconques, il existe au moins 30% de différences dans ce signal.

Hiroaki Matsunami, le chercheur qui a découvert que personne ne sent pareil / Matsunami Lab, Duke University

«Il arrive souvent que vous trouviez une odeur agréable alors que les autres ne l’aiment pas», note le chercheur. Eh bien cela ne nous étonnera plus. Ces différences sont liées aux variations de nos génomes. Les scientifiques avaient déjà identifié les gènes qui codent pour les récepteurs olfactifs. Mais ils ne comprenaient pas comment ces derniers étaient activés. Pour déterminer comment ils réagissent, l’équipe d’Hiroaki Matsunami a cloné 500 récepteurs provenant de 20 personnes et elle les a exposés à des molécules odorantes susceptibles de les exciter.

Chaque récepteur a reçu de très faibles concentrations (1, 10 ou 10 micromoles) de 73 odorisants comme la vanille ou le gaïacol. Les chercheurs ont pu identifier 27 récepteurs présentant une réponse significative à au moins l’un des odorisants. Ces travaux ont permis de doubler le nombre de récepteurs olfactifs connus en le portant à 40.  

Hiroaki Matsunami estime que ses travaux peuvent avoir un impact important dans les industries des arômes (flaveurs), du parfum (fragrances) et de l’alimentation. Cette découverte devrait également inquiéter les fameux «nez» dont la réputation est fondée sur une sensibilité exceptionnelle aux odeurs et une capacité à les distinguer. Désormais, on sait que leur jugement n’est pas universel.

Michel Alberganti

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