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Mais à quoi peut bien donc servir le chromosome Y?

Planète Santé , mis à jour le 29.12.2013 à 14 h 28

Les progrès de la biologie moléculaire vont tous dans le même sens: chez les mammifères, les mâles ne participent guère au processus de perpétuation des espèces. Derniers acquis: le chromosome Y ne sert pratiquement à rien dans la fécondation. Paradoxalement cela pourrait aider à lutter contre la stérilité masculine. Voici comment.

Fécondation en laboratoire. REUTERS/Kacper Pempel

Fécondation en laboratoire. REUTERS/Kacper Pempel

Depuis le développement de l’insémination artificielle (à des fins de procréation médicalement assistée) la part des hommes dans l’acte de reproduction se réduit. Et voilà que nous apprenons la dernière étape en date de ce processus en totale opposition avec l’égalité des sexes. Zoom sur la publication sur le site de la revue Science d’un travail mené par une équipe de chercheurs de l’université d’Hawaï.

Rappelons que les femelles ont, dans chacune de leurs cellules, une paire de chromosomes X. Et que chez les mâles la paire des chromosomes dits «sexuels» est constituée d’un chromosome X et d’un chromosome Y. Ce dernier est généralement perçu comme celui qui contient un certain nombre de gènes nécessaires au maintien des fonctions normales du sperme.

Un spermatozoïde ne contient qu’un X ou qu’un Y. Si celui-ci féconde l’ovule, il enclenche un processus qui donnera une naissance mâle. Il en ira naturellement différemment pour l’autre. Ainsi, c’est le chromosome Y qui va, dès le début de la gestation, déclencher le développement des organes sexuels mâles et permettre leur bon fonctionnement ultérieur. Cela semble désormais un peu plus complexe que ce schéma habituellement enseigné.

Dirigés par le Pr Monika A. Ward (Institute for Biogenesis Research, John A. Burns School of Medicine, Honolulu), ces scientifiques sont parvenus à faire naître des souriceaux d’une nouvelle manière: en sectionnant à l’extrême le chromosome Y de leur père. Ils n’ont au final conservé que deux gènes sur les 14 que compte le  chromosome Y de la souris mâle. Et ils ont néanmoins réussi à créer une première génération de souris. Des rongeurs de laboratoire capables à leur tour de procréer et de donner naissance, par les voies naturelles, à une seconde génération.

Des mâles stériles mais fertiles

L’équipe de Monika Ward avait déjà montré qu’en amputant la totalité du bras long du chromosome Y elle pouvait obtenir des naissances. Elle est allée cette fois plus loin encore à partir d’expériences menées sur des souris mâles stériles.

Chez ces mâles, les chromosomes Y ne parviennent plus qu’à exprimer deux gènes (sur les 14). Le gène dit «Sry» et le gène «Eif2s3y». Le premier dirige la synthèse d’une protéine (le facteur déterminant des testicules, FDT), qui elle dirige la formation des testicules. Le second assure la production des cellules productrices de spermatozoïdes: les spermatogonies.

Ces souris mâles sont stériles dans la mesure où elles ne peuvent produire que des cellules qui sont des précurseurs des spermatozoïdes (des «spermatides»). Et ces spermatides infertiles injectés mécaniquement dans des ovocytes ont permis d’obtenir des grossesses puis des naissances vivantes de souriceaux fertiles. Les extrapolations faites à partir de ces expériences sont diverses et variées.

Déjà une première humaine à Paris en 1995

Le Pr Ward affirme qu'il «peut être possible d'éliminer le chromosome Y» dès lors que le rôle de ces gènes pourrait être reproduit d'une manière différente. Avant d’ajouter que ce serait folie d’imaginer un monde débarrassé des hommes.

Les commentateurs ne signalent pas que cette expérience avait déjà été faite dans l’espèce humaine et annoncée en août 1995. Il s’agissait alors de spermatides d’un homme stérile qui avaient au final permis d’obtenir une naissance. La publication de cette première avait alors suscité de vives polémiques. Elle avait été réalisée par trois biologistes de la reproduction (Carmen Mendoza, Jan Tesarik et Jacques Testart) à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine.

Jean-Yves Nau

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