SportsCoupe du monde 2014

Coupe du monde: le climat et le calendrier, les vraies injustices du tirage au sort

Grégoire Fleurot, mis à jour le 06.12.2013 à 19 h 32

Le hasard du tirage au sort est un facteur essentiel de toute Coupe du monde, et pas seulement en ce qui concerne l'identité des adversaires.

Sao Paulo le 26 janvier 2010, REUTERS/Mario Miranda

Sao Paulo le 26 janvier 2010, REUTERS/Mario Miranda

Mise à jour: la France affrontera dans l'ordre le Honduras à Porto Alegre, la Suisse à Salvador et l'Equateur à Rio dans le groupe E de la Coupe du monde de football au Brésil en juin prochain. Pour les distances qu'elle aura à parcourir et les climats de ces trois villes, c'est ici. Pour les dates et les horaires des matchs, c'est là.

Les fans de l'équipe de France attendent avec fébrilité de connaître le nom des trois adversaires des Bleus lors de la première phase du Mondial. Ils vont devoir assister à un double tirage au sort, vendredi 6 décembre à 17h, d'abord pour déterminer le chapeau dans lequel la France sera placée (question que la Fifa a été incapable de régler par elle-même malgré les plusieurs semaines dont elle disposait) puis pour qu'elle soit assignée à l'un des huit groupes de quatre équipes qui s'affronteront à partir du 12 juin au Brésil.

Les Français ne seront pas les seuls à avoir les yeux rivés sur leurs écrans et les passionnés de foot des 31 autres nations participantes arrêteront eux aussi leur activité normale pendant plus d'une heure pour apprendre en direct si leur équipe va éviter le traditionnel «groupe de la mort».

Pourtant, si l'identité des adversaires est sans doute un facteur prédictif des chances de progression au second tour, il en est un autre, moins médiatisé, qui peut se révéler tout aussi décisif, comme le soulignait récemment la BBC: le groupe (symbolisé par une lettre) et la position (symbolisée par un chiffre) assignés à chaque équipe, dont dépendent les stades dans lesquels elle va évoluer.

De 700 à 5.600 km

La compétition va se dérouler dans le plus grand pays de l'hémisphère sud, qui couvre trois fuseaux horaires et plus de 4.800 km du nord au sud. Les équipes vont donc devoir parcourir des distances importantes, d'autant plus que l'idée, un temps évoquée, que chaque équipe reste dans la même région pendant la première phase a vite été écartée pour permettre à un maximum de régions de voir jouer l'équipe organisatrice.

Seul le Brésil connaît déjà sa position, A1, ce qui signifie qu'il jouera le match d'ouverture à São Paulo le 12 juin, puis à Fortaleza le 17 et à Brasilia le 23, soit une distance cumulée de 4.060 km, sans compter les déplacements entre son camp d'entraînement et les stades.

L'équipe qui sera tirée en 4e position du groupe G devra se rendre de Natal, sur la côte est du pays, à Manaus, ville perdue au milieu de l'Amazonie dans le nord-ouest, avant de revenir sur la cote est, à Recife, un périple qui lui fera avaler 5.600 kilomètres en 10 jours.

Un désavantage important par rapport à l'équipe qui héritera de la 1e position du groupe H et jouera ses trois matchs dans les villes voisines (à l'échelle du pays) de Belo Horizonte, Rio et Sao Paulo, avec un total de seulement 700 km.

Écarts de températures

Au-delà de l'inconfort lié aux heures d'avion que chaque équipe va devoir effectuer lors de cette première phase, les longues distances vont créer un autre type d'inégalités qui pourraient avoir un impact bien plus important sur les performances: celles liées au climat. La compétition va se dérouler du 12 juin au 13 juillet, c'est à dire l'hiver, dans un pays divisé en plusieurs zones climatiques bien distinctes.

Pour les équipes européennes, dont les joueurs n'ont pas l'habitude de jouer sous des températures trop élevées, la situation des villes aura une importance non-négligeable: à cette période de l'année, il fait 30° à Fortaleza, sur la côte tropicale nord-est du pays, tandis que le thermomètre peut descendre à 10° à Porto Alegre, au sud du pays.

Ajoutez à cela des taux d'humidité tropicaux dans le nord, un facteur qui entraîne un épuisement plus rapide chez les athlètes peu habitués (le corps doit travailler plus pour se refroidir), et vous comprendrez que le climat sera un des facteurs clés du Mondial.

«Même quand il pleut, il fait chaud»

Cette dimension inquiète tout particulièrement Cesare Prandelli, le sélectionneur italien, qui a participé avec son équipe à la Coupe des confédérations l'été dernier, sorte de répétition du Mondial se jouant dans le même pays et à la même période de l'année. Son équipe a eu tellement de mal à s'adapter à l'humidité et à la chaleur qu'il vient de proposer à la Fifa de permettre des temps morts pour que les joueurs puissent se réhydrater:

«Si vous regardez les images [de la Coupe des confédérations], vous verrez que tout le monde court prendre à boire dès qu'il y a un corner. [...] Le risque est que les gens commencent à faire sortir le ballon exprès juste pour boire. Il serait mieux d'avoir des temps morts.»

Lors du même tournoi, Gérard Houiller, ancien sélectionneur et directeur technique national devenu conseiller de la Fifa, déclarait de son côté:

«Ici, même quand il pleut, il fait chaud. Le Brésil est habitué à ces conditions de jeu, comme les autres équipes sud-américaines. Ce n'est pas un hasard si jusqu'à présent, aucune équipe européenne n'a remporté de compétition internationale sur ce continent.»

Matches plus ou moins rapprochés

Dernier facteur d'inégalité, souvent oublié, qui déterminera si oui ou non votre équipe a hérité d'un bon tirage: le rythme des matches en cas de progression jusqu'à la finale. Le Brésil, qui ouvrira le tournoi le 12 juin, devra jouer ses sept matchs en 31 jours en cas de qualification pour la finale, soit une moyenne d'un match tous les 4,5 jours.

Les équipes qui tomberont dans le groupe H, dont le premier match ne se déroulera que le 17 juin, devront jouer leurs sept matchs en 26 jours, soit un match tous les 3,7 jours. Si le vainqueur du groupe H affronte le Brésil en finale, il aura bénéficié de deux jours de récupération en moins entre son huitième et son quart de finale et d'un jour en moins avant la finale (ce n'est pas forcément un mauvais présage: en 2010, le vainqueur du groupe H était... l'Espagne).

Pour savoir en un coup d'œil si votre équipe a hérité d'un bon tirage en termes climatiques, géographiques et calendaires, le blog football du magazine américain Forbes a effectué une série de calculs pour chaque position dans chaque groupe: la distance parcourue, la température moyenne dans les trois stades et les plus grands écarts de température entre les trois matchs.

En alliant ces trois facteurs (le blog n'a pas pris en compte l'humidité), il arrive à la conclusion que la position pour laquelle tous les pays du monde devraient prier est la A3, avec seulement 1.066 km à parcourir, une température moyenne de 29,4°C et une variation minimale de température entre les trois villes hôtes. Seul problème: cette position garantit aussi un match dès le premier tour contre le Brésil, favori de sa Coupe du monde. Malgré ses inquiétudes liées au climat, pas sûr que Cesare Prandelli opterait pour cette option si le choix était entre ses mains.

Grégoire Fleurot

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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