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Comment éclater la «bulle de filtres» et avoir accès à ceux qui ne pensent pas comme nous sur Internet?

Laurent Pointecouteau, mis à jour le 02.12.2013 à 18 h 38

Un exemple de «portrait de données» dessiné dans l'étude. Voir l'étude en entier

Un exemple de «portrait de données» dessiné dans l'étude. Voir l'étude en entier

Utiliser des «portraits de données» pour éclater la «bulle de filtres»: c’est la méthode que préconise une étude du 19 novembre 2013, réalisée en collaboration par l’université Pompeu Fabra de Barcelone et Yahoo Labs, et résumée dans un article du MIT Technology Review paru le 29 novembre. Concrètement, il s’agit de faire entrer en contact des personnes ayant de fortes divergences de point de vue, à l’heure où Internet tendrait à les éloigner de plus en plus.

L’idée que le développement des réseaux sociaux aurait entraîné un rapprochement des gens autour des opinions qu’ils partagent, et surtout un éloignement entre ceux qui n’en partagent pas, a été évoquée par l’activiste Eli Pariser, qui en 2011 a consacré l’expression de «bulle de filtres» (ou filter bubble) pour la désigner –Titiou Lecoq vous en a parlé le 29 novembre  sur Slate.fr. Comme le rappelle le Technology Review, la bulle de filtres amplifierait un problème qui existe déjà dans le monde réel:

«De nombreuses études sociales montrent que les gens préfèrent consulter les informations avec lesquelles ils sont d’accord plutôt que celles qui s’opposent à leurs opinions. Ce problème s’aggrave quand les réseaux sociaux recommandent du contenu en fonction de ce que les utilisateurs aiment déjà, et de ce que les gens qui leurs ressemblent aiment également.»

Pour contrecarrer cette tendance, les chercheurs ont donc élaboré leur propre système de recommandation: une application permettant d’afficher le «portrait de données» d’internautes, des «représentations abstraites de l’historique des interactions»; en d’autres termes: d'après les mots les plus utilisés, l'application calcule ce qui intéresse le plus l'internaute, un peu comme ce que fait Google pour cibler ses pubs (on vous en avait parlé l’an dernier sur Slate.fr).

En cliquant sur un des mots clefs de leur portrait, les participants à l'étude peuvent voir leurs tweets correspondants. Cliquez sur l'image pour voir l'étude complète.

Pour cette étude, les «portraits» ont été élaborés à partir des tweets de membres chiliens de Twitter, sélectionnés pour leur participation active à un sujet bien précis: la légalisation de l’avortement, illicite au Chili. «Avec l'élection présidentielle de novembre, le pays a connu un débat hautement polarisé» sur la question, rappelle le MIT Technology Review.

L’expérience a donc consisté à tirer le «portrait de données» de 37 participants, puis, d’après les informations calculées, de leur envoyer des recommandations de liens; ces derniers provenant de personnes partageant quelques centres d’intérêts avec les participants, mais situées dans le camp opposé sur la question de l’avortement. Et les résultats, selon le Technology Review, sont plutôt encourageants:

«Les résultats montrent que les gens peuvent être plus ouverts que prévu à des idées opposées aux leurs. Il s’avère que les utilisateurs qui s’expriment ouvertement sur des sujets sensibles sont plus enclins à recevoir des recommandations rédigées par des gens ayant un point de vue opposé, déclarent [les auteurs de l’étude]. (...) “Nous en concluons que l’approche indirecte pour connecter des gens entre eux a un grand potentiel”»

L’idée derrière cette expérience, à savoir atténuer les effets de la bulle de filtres, n’est pas neuve. Yahoo Labs avait justement annoncé, en 2011, avoir imis en place un système anti-bulle de filtres, «pour éviter la sur-personnalisation» en insérant parmi les actualités de la page d’accueil Yahoo des nouvelles «qui peuvent ne pas correspondre exactement à l’historique ou aux préférences de l’utilisateur». A la même époque, Jacob Weisberg, qui exprimait sur Slate son scepticisme vis-à-vis de la notion inventée par Eli Pariser, avait suggéré une solution plus prosaïque:

«Si l’idée que Google ne vous offre qu’une perspective faussée et partielle du monde vous empêche de dormir, il existe une solution toute simple. Désactivez la fonction de personnalisation en suivant ce mode d'emploi

Laurent Pointecouteau
Laurent Pointecouteau (77 articles)
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