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Fini les piqûres grâce aux nanotechnologies?

Michel Alberganti, mis à jour le 28.11.2013 à 14 h 22

happy pills de theseanster93, sur Flickr

happy pills de theseanster93, sur Flickr

Ah les piqûres! Les injections de médicaments dans le sang sont pratiquées depuis la fin du XVIIe siècle. Elles ont rendu de grands services à la médecine et continuent à le faire. Personne, sans doute, ne s’offusquerait néanmoins du remplacement de cette technique par une autre qui éviterait la douleur de l’aiguille qui pénètre la chair et ce sentiment désagréable pour le patient lorsqu’une infirmière peine à «trouver» une veine...

Le XXIe siècle sera peut-être celui du remplacement de nombreuses injections directes par des médicaments encapsulés dans des nanoparticules. Une équipe de chercheurs du MIT et de l’hôpital Brigham and Women’s a ainsi développé un nouveau type de telle particules qui s’ingèrent par la bouche, suivent le système digestif et pénètrent dans le sang via les intestins. La pilule qui remplace la piqûre... Le rêve.

Dans un article publié le 27 novembre 2013 dans la revue Science Translational Medicine, les chercheurs décrivent comment ils ont injecté de l’insuline à une souris par voie orale. L’un des défis pour les nanopilules, c’est de traverser les parois de l’intestin qui sont constituées de cellules épithéliales formant une barrière impénétrable. Un mur aussi étanche que s’il était constitué de briques et de ciment.

L’une des voies étudiées consiste à rompre temporairement les jonctions entre les cellules de la paroi. Mais une telle brèche présente des dangers dans la mesure où des bactéries peuvent en profiter. Aussi les chercheurs se sont-ils inspiré de la méthode utilisée par les bébés pour absorber les anticorps présents dans le lait maternel et renforcer ainsi leurs défenses immunitaires. Ces anticorps se fixent sur un récepteur particulier (FcRN) présent à la surface des cellules de la paroi intestinale. C’est ce récepteur qui leur accorde un droit de passage qui leur donne accès aux vaisseaux sanguins les plus proches.

Les chercheurs ont donc recouvert leurs nanoparticules avec des protéines Fc, c’est-à-dire la partie des anticorps qui se lie avec le récepteur FcRN présent aussi dans l’intestin des adultes. Les protéines Fc permettent ainsi d’ouvrir la porte et la totalité de la nanoparticule peut alors traverser la paroi intestinale.

Grâce à cette technique d’intrusion contrôlée, toutes les molécules qui sont stoppées par la barrière intestinale devienennt capables de la traverser. Dans l’expérience rapportée par les chercheurs, les nanoparticules revêtues de leur sésame, la protéine Fc et contenant de l’insuline, ont atteint le réseau sanguin avec une efficacité 11 fois supérieure à celles des nanoparticules non revêtues de Fc. La quantité d’insuline ainsi délivrée a été suffisante pour faire baisser le taux de sucre dans le sang des souris.

Ce succès ouvre la porte à des tentatives de franchissement d’autres barrières qui protègent l’organisme, telles que la barrière placentaire ou celle qui pose de gros problèmes pour soigner le cerveau, la fameuse barrière hémato-encéphalique.  

Les maladies visées, en dehors du diabète, sont nombreuses. On y trouve le contrôle du cholestérol, l’arthrite ou même le cancer avec le traitement de certaines tumeurs.

Michel Alberganti  

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