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Quand il pleuvait du jus de citron...

Michel Alberganti, mis à jour le 26.11.2013 à 16 h 22

Une étude attribue l'extinction des espèces survenue il y a 250 millions d'années à des pluies aussi acides que du jus de citron pur.

A Splash of Lemon COLLEGE STUFF / Sam Fox Photography, via FlickrCC License by

A Splash of Lemon COLLEGE STUFF / Sam Fox Photography, via FlickrCC License by

Nous sommes à la fin du Permien, il y a environ 250 millions d’années et il ne fait pas vraiment bon vivre sur Terre. Rien à voir avec le réchauffement climatique actuel.

A l’équateur, la température avoisinait les 50°C tandis que la surface des océans équatoriaux atteignait les 40°C. Impossible de se baigner pour se rafraîchir. Résultat, environ 95% des espèces marines et 70% des plantes et des animaux terrestres vivant alors sur Terre ont disparu. Que s’est-il passé pour expliquer une telle catastrophe? La chute d’un astéroïde, un volcanisme déchainé, la libération des fameux hydrates de méthane que nous craignons encore aujourd’hui?

Une équipe de chercheurs du MIT a tenté de modéliser l’hypothèse d’une cascade d’éruptions volcaniques survenues en Sibérie et ayant relâché dans l’atmosphère des gaz tels que le soufre. Leurs résultats montrent que de telles émissions massives de soufre sont capables de provoquer des pluies sulfuriques dans l’hémisphère nord dont le pH aurait alors atteint la valeur très acide de 2, soit celle du jus de citron non dilué. De quoi attaquer toutes les plantes et affecter leur développement jusqu’à leur extinction.


Rencontre entre un Dimetrodon gigas et Eryops megacephalus vivant à l'époque du Permien. Image: Dmitry Bogdanov. Wikimedia Commons

Pour Benjamin Black, post-doctorant au département des sciences de la Terre, de l’atmosphère et des planètes du MIT et principal auteur de l’étude publiée dans la revue Geology, ces pluies auraient donné le coup de grâce, en quelques mois, à nombre de plantes et d'animaux ayant survécu à l’augmentation de température.

Les géologues, dont faisait partie Benjamin Black et qui ont analysé des roches collectées en Sibérie, ont relevé la trace d’une intense activité volcanique qui a commencé vers la fin du Permien et qui s’est prolongée pendant un million d’années supplémentaires. La quantité de magma rejetée alors aurait atteint plusieurs millions de kilomètres cube. Difficile à imaginer... La totalité des Etats-Unis aurait ainsi pu en être recouverte. Ce magma bouillant aurait rejeté dans l’atmosphère du CO2 et d’autres gaz provoquant un fort réchauffement climatique. Sans parler des nuages de soufre qui est finalement retombé sur Terre sous forme de pluie acides.

A partir des mesures effectuées sur le terrain, les chercheurs ont réalisé une simulation informatique afin de calculer le pH de ces pluies. Ils sont ainsi obtenu ce résultat d’un pH de 2. Après la fin d’une période d’éruptions, les mesures montrent que le niveau de pH des pluies commence à baisser dès la première année. Mais ces périodes se sont répétées plusieurs fois. Les plantes et les animaux ont ainsi été soumis à des variations très fortes de l’acidité des pluies sur de courtes périodes. Ce qui ne leur a laissé que peu de chances de s’adapter.

Les chercheurs ont également tenté de modéliser la diminution de la quantité d’ozone dans l’atmosphère à cette époque. D’après leurs résultats, l’impact du mélange de gaz rejeté par les volcans a pu détruire de 5% à 65% de la couche d’ozone. D’où une exposition plus forte des espèces vivantes aux rayons ultraviolets. Avec un trou particulièrement fort... aux pôles. Cela ne vous rappelle rien?

Pour aller plus loin, les paléontologues et les géochimistes vont analyser les résultats obtenus par Benjamin Black et son équipe pour les comparer à leurs propres analyses de l’extinction de la fin du Permien. Le chercheur note que ce n’est pas un seul effet climatique qui a eu un impact désastreux sur les espèces vivantes, mais bien la combinaison et la simultanéité de plusieurs facteurs. Preuve que la machine climatique, lorsqu’elle se dérègle, peut nous réserver de très mauvaises surprises...

Michel Alberganti

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