Le problème avec l'Internet des objets

Le Nabaztag, un des premiers «objets connectés», sorti en 2005 Jeremy Keith via Flickr CC License by

Le Nabaztag, un des premiers «objets connectés», sorti en 2005 Jeremy Keith via Flickr CC License by

L’«Internet des objets», qu’on désigne également par «objets connectés», ou «objets communicants», voire «objets intelligents», peut donner de nouvelles fonctionnalités aux meubles et aux appareils de notre quotidien. Mais il peut aussi apporter de nouveaux désagréments, comme l’explique le Washington Post dans un article du 19 novembre 2013.

Car, dès lors que «se connecter à Internet» devient une fonction intégrante des grille-pain, pèse-personnes et lave-vaisselle, les concepteurs de ces équipements doivent gérer un nouveau genre de problèmes, un genre qu’ils n’avaient jamais eu à envisager jusqu’alors, comme l’illustre le Washington Post avec l’exemple hypothétique d’un lave-vaisselle piraté qui se mettrait à inonder votre maison:

«Les gens qui font des lave-vaisselle peuvent être de fantastiques ingénieurs, ou même d’excellents programmeurs, cela ne veut pas nécessairement dire qu’ils sont d’emblée outillés pour protéger les internautes.»

Sans même considérer ce genre de piratage, qui reste «un cas extrême», d’autres risques pèsent sur l’usage des objets connectés, comme le traitement des données qu’ils ont vocation à accumuler. En 2010 déjà, Siemens affirmait avoir «la technologie pour enregistrer chaque minute, chaque seconde, chaque micro-seconde, plus ou moins en direct... Partant de là, nous pouvons déduire combien de personnes sont présentes dans la maison, ce qu’elles font, (...): des quantités de données privées».

Soudain, les fabricants d’électroménager doivent se soucier de ce qui préoccupe Microsoft ou Google depuis des années: la sécurité en ligne et la protection de la vie privée. Les objets connectés doivent être traités avec les mêmes égards que les ordinateurs et les téléphones, et c’est encore loin d’être le cas: au mois d'août, Ars Technica racontait comment un chercheur avait trouvé une faille dans des éclairages intégrés Philips, impossible à combler, sauf à retirer la puce Wi-Fi de l’installation. En voulant signaler sa découverte, le chercheur n’a pu qu’échanger quelques tweets avec Philips, faute d’un meilleur support de la part du constructeur.

Certes, comme le fait remarquer Lee Tien, de l’Electronic Frontier Foundation, dans l'article du Washington Post, les objets connectés pourraient se contenter de l’être entre eux, au sein d’un réseau local, sans nécessairement passer par l’Internet tout entier. Mais même confinées, ces communications ne peuvent être tout à fait invulnérables, et les utilisateurs doivent faire confiance à leurs objets pour qu’ils se connectent aux bons endroits, «ce qui vous ramène essentiellement au point de départ –à la merci du fabricant», conclut le Washington Post.

Le pouvoir que peuvent avoir les objets connectés sur notre vie –et les manières de le contrôler– avait déjà enflammé en 2011 l’imagination de l’auteur de science-fiction et activiste Cory Doctorow, qui raconte, dans un récit d’anticipation intitulé The Brave Little Toaster (Le Petit Grille-pain courageux), ce qui se passe «quand l’Internet des objets tourne mal». Plus récemment, le New York Times avait lancé le débat, en faisant intervenir des ingénieurs et des juristes dans une série d'articles sur la question.

Le 17 novembre, la ministre française des PME et de l’économie numérique Fleur Pellerin a rappelé que l’Internet des objets était «l’un des 34 projets de la Nouvelle France industrielle présentés par Arnaud Montebourg le 12 septembre».

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