Les chauves-souris victimes des éoliennes

Une ferme éolienne à Desert Hot Springs en Californie. Photo: Reuters

Une ferme éolienne à Desert Hot Springs en Californie. Photo: Reuters

On savait que les éoliennes induisent certaines nuisances, comme le bruit à proximité. Les études d’implantation tiennent également compte de leur impact sur les oiseaux menacés par la rotation des pales. Mais il semble que les principales victimes des éoliennes soient les chauves-souris, non parce qu’elles se déplacent la nuit, mais en raison de la vitesse de rotation des pales qui, semble-t-il, est trop élevée pour que leur système de guidage par ultrasons puisse leur permettre de les éviter. L’importance du phénomène est telle qu’il serait en mesure de menacer la survie des chauves-souris en Amérique du nord.

Une étude réalisée par l’université du Colorado, à Denver, estime en effet que le nombre de chauve-souris victimes des éoliennes aux Etats-Unis à 600.000 en 2012. Ce chiffre pourrait être sous-estimé dans la mesure où il a été calculé à partir des cadavres de chiroptères retrouvés sous les éoliennes. Or, les charognards peuvent faire disparaître ou transporter nombre de victimes. Les chercheurs avancent un autre chiffre, 900.000, dans l’article qui doit être publié prochainement dans la revue BioScience. La fourchette obtenue par le calcul reste très large: de 33.000 à 880.000 victimes.

A vue d’œil, la vitesse de rotation des éoliennes paraît très lente. C’est une erreur. En fait, en bout de pale, la vitesse linéaire peut atteindre des valeurs impressionnantes alors que le nombre de tours par minute reste relativement faible.

Prenons, par exemple, le cas d’une éolienne équipée de pales de 50 mètres de long tournant à 15 tours par minutes. Avec un diamètre de 100 mètres, la circonférence atteint 314 mètres (2πR, ou πD). En une minute et 15 tours, les pales parcourent 4.713 mètres. En une heure, on obtient 282,78 km. Le bout des pales se déplace donc à plus de 280 km/h.

Si l’on prend les derniers monstres éoliens construits par Siemens ou Alstom (Haliade 150-6MW) avec des pales de 75 mètres de long, le même calcul avec 15 tours par minute aboutit à une vitesse de plus de 400 km/h...  On comprend mieux pourquoi les chauves-souris ont du mal à éviter ces obstacles qu’elles n’ont jamais eu l’occasion de rencontrer auparavant au cours de leur évolution.  

Les éoliennes sont d’autant plus meurtrières qu’elles continuent à tourner lorsque les vents sont faibles, moments favoris pour la sortie des chiroptères. Les chercheurs notent que les zones situées dans les Appalaches sont celles où la mortalité est la plus importante.


Chauve-souris rousse - Photo: USGS

Ils soulignent également l’importance de l’impact économique des activités des chauves-souris. Elles régulent en effet les populations d’insectes volants, comme les moustiques, et participent à la pollinisation des cultures agricoles. Parmi les 45 espèces présentes aux Etats-Unis, ce sont les chauves-souris cendrées (Lasiurus cinereus), rousses (Lasiurus borealis) et argentées (Lasionycteris noctivagans) qui sont les plus touchées.

Les auteurs de l’étude suggèrent, pour limiter les pertes de chauve-souris, d’éviter de faire fonctionner les éoliennes lorsque le vent est faible. Ils notent une autre étude réalisée en Pennsylvanie et qui montre qu’en augmentant le seuil de mise en route des éoliennes d’un vent de 15 km/h à 30 km/h, la mortalité des chauves-souris pouvait baisser de 40% à 90%.

Néanmoins, l’équation économique devrait plaider contre une telle mesure. La production électrique des éoliennes est déjà réduite par leurs interruptions lors des vents trop faibles. Il faudrait donc calculer l’impact économique d’un tel rehaussement de leur seuil de mise en route. Le résultat dépendra de la variabilité des vents suivant les régions. La mortalité des chauves-souris constitue un problème supplémentaire à prendre en compte lors de l’implantation des éoliennes. Avec un avantage pour les installations en mer.

Michel Alberganti