Les chasseurs de tornade sont-ils des connards?

Tacloban city, le 10 novembre 2013. Reuters / Romeo Ranoco

C'est Vice qui pose la question.

On a vu leurs images partout, chez nous comme sur des sites anglophones. Les chasseurs de tornade sont allés exprès aux Philippines, pour voir passer le typhon Haiyan et rapporter vidéos et photos. Quand ils ont vu que l'ouragan approchait, ils ont pris l’avion, se sont installés dans une chambre d’hôtel et ils ont attendu que ça commence.

Ils ont tout raconté, comment ça s’était passé, ce qu’ils ont vu, ressenti. Ils ont filmé les blessés transportés sur des matelas entre deux bourrasques. Ils ont vu des corps flotter, des dizaines.

Mais eux, à la fin, ils sont rentrés chez eux. Ni journalistes ni météorologistes, ils ont plié leurs affaires et ils ont quitté le pays. Alors, le journaliste de Vice s’interroge:

«Je peux comprendre l’attrait pour ce style de vie, mais pour les victimes de ces catastrophes naturelles qui auraient vraiment, vraiment, préféré ne pas se retrouver sur le chemin de la tempête, le passe-temps des chasseurs d’ouragans doit apparaître comme extrêmement insensible

Pour en avoir le cœur net, il a interviewé Josh Morgerman, celui qu’on surnomme aussi «Hurricane Josh», rapporte le Nouvel Observateur. Il fait partie des quatre chasseurs d’ouragan présents à Tacloban la semaine dernière. L’homme ne se considère pas comme «un connard insensible»:

«La façon dont je vois les choses, c’est que ces événements vont arriver dans tous les cas, et on doit les documenter. C’est important qu’il y ait des personnes sur le terrain, qui prennent des photos, enregistrent des données et racontent des histoires.»

Et effectivement, les médias internationaux se sont arrachés les prises de vue rapportées de l’œil de cyclone.

Oui, les chasseurs de tempêtes profitent des ressources qui pourraient potentiellement être utiles à d’autres personnes –Morgerman a été évacué en hélicoptère par l’armée. Mais selon lui, pas de «gaspillage» puisque l’appareil dans lequel il est monté avait été vidé des vivres qu’il contenait à l’aller. 

Oui, ils filment les gens qui pataugent dans l'eau, les maisons dévastées et les blessés. Mais ils se sont aussi retrouvés à aider de nombreuses personnes lorsque lui et son collègues se sont échappés de l'hôtel:

«Nous aidons toujours quand nous le pouvons.»

Pour Pierre-Paul Feyte, un chasseur d'ouragan français qu'Elise Costa avait rencontré pour Slate, ses compatriotes américains jouent un rôle important lorsque des tempêtes s'abattent sur le pays:

«Leur boulot d'observateurs de terrain est reconnu. Ils ont d'ailleurs un tas de termes techniques qui ont finir par arriver ici. Ils étaient bien obligés: ils agissent pour la protection de la population.»

Quand on demande à ces types ce qui les pousse à mettre le nez dans ces tornades, il semblerait qu'il y ait deux genres de réponses. Pierre-Paul Feyte explique: 

«Il y a deux écoles de pensées chez les chasseurs d'orages: l'école cartésienne qui regroupe ceux qui ont une approche purement scientfique et l'école poétique, qui comprend ceux qui ont aussi une approche intuititive, presque sensuelle.»

Les déclarations de Morgerman le feraient plutôt rentrer dans la seconde catégorie: 

«Il faut se souvenir que les tempêtes, les tornades, les volcans, toutes ces choses qui mettent les gens dans la misère, elles ne sont pas diaboliques, elles font juste partie de la terre et les gens se trouvent sur leur chemin.»

Les tempêtes semblent exercer une sorte de fascination sur ces chasseurs de l'extrême. Paris Match avait consacré un long papier à l’un d’entre eux, Sean Casey, en juin 2012. Il avait alors développé:

«Mon but, c’est de filmer l’exceptionnel, l’incontrôlable, l’anarchie. Je veux rendre justice à la beauté de la nature dans ce qu’elle a de plus sauvage. C’est tellement rare de voir ça, aujourd’hui, dans un monde où tout est contrôlé…»

Aux Etats-Unis ils seraient plus de 2.000 à partager cette même passion. En juin dernier, trois d’entre eux ont perdu la vie dans une tempête en Oklahoma.