Sciences / Life

Toutes les langues du monde ont un «hein?» en commun

Temps de lecture : 2 min

Il y a un mot commun à presque toutes les langues, et ce mot est «hein?». C’est ce qu’établit une étude publiée le 8 novembre 2013 par l’institut Max-Planck de psycholinguistique basé à Nimègue, dans les Pays-Bas.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé des conversations courantes en 31 langues différentes, de l’islandais au zapotèque en passant par l’akpafu et le mandarin. Pour certaines de ces langues, il a fallu passer quelques semaines sur place, au sein de villages isolés, pour s'intégrer la population locale et enregistrer les conversations les plus naturelles possibles, «le genre que vous et moi aurions eu au petit-déjeuner», raconte le professeur Nick Enfield au Los Angeles Times.

Les scientifiques ont découvert que toutes ces conversations employaient un mot, dans le même contexte, différant légèrement d’une langue à l’autre, mais toujours monosyllabique, à l’intonation interrogative, et se prononçant dans la plupart des cas avec un coup de glotte. Un mot qui non seulement se prononce presque de la même manière dans chaque langue, mais qui en plus, y remplit plus ou moins la même fonction, selon les auteurs de l’étude:

«Ce petit mot, parmi d’autres au fonctionnement similaire (comme “Pardon?” ou “Quoi?”) est un outil indispensable à la communication humaine. Sans ce genre de mots, nous serions incapables de signaler un problème dans l’écoute ou la compréhension de ce qui vient d’être dit.»

Il est un principe fondamental en linguistique, que rappelle l’étude dès ses premières lignes: le sens d’un mot n’a aucun rapport avec sa sonorité. Si certains mots aux sonorités proches et désignant la même chose sont des emprunts à d’autres langues, ou partagent des racines communes («chat», «cat», «gato», etc.), «la possibilité qu’il existe des mots universels est extrêmement faible». Pourtant, le «hein?», qui comme le démontre l’étude est bel et bien un mot que l’on apprend et non un son inné, apparaît dans tellement de langues différentes qu’il constitue «une exception frappante à une règle par ailleurs bien établie».

Pour expliquer ce point commun entre toutes les langues, les chercheurs soulèvent l’hypothèse que, face à la même nécessité, celle d’adresser à son interlocuteur un signal «simplifié au maximum et rapide à produire dans les situations où nous sommes tout simplement à court de répliques», les humains ont adopté la même solution: celle du «Hein?», qui s’adapte à toutes les langues, et qui remplit tous les critères requis pour résoudre ce problème universel. C’est là ce que les biologistes appellent la convergence évolutive. Comme nous l'explique le Los Angeles Times:

«Tout comme les requins et les dauphins ont développé la même structure corporelle pour évoluer sous l’eau, bien qu'issus de lignées très différentes, toutes les langues ont développé un “Hein?” pour son utilité à résoudre un problème particulier.»

Laurent Pointecouteau

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