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C'est pas moi, c'est mon cerveau: les avocats américains abusent des neurosciences

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 13.11.2013 à 11 h 16

Brains / Hey Paul Studios via Flickr CC Lisence By

Brains / Hey Paul Studios via Flickr CC Lisence By

«Ce ne sont plus seulement les gens qui sont jugés de nos jours. Ceux sont [aussi] leurs cerveaux», écrit le site de la radio NPR. Les neurosciences, qui étudient le fonctionnement du cerveau, sont de plus en plus souvent convoquées à la barre des experts. Comme l'explique la professeure de droit et de philosophie de la Duke University Nita A. Farahany, par ailleurs conseillère de Barack Obama sur la bioéthique, il s’agit désormais de 5% des cas américains de meurtres jugés.

«Ce qui est nouveau, c’est l’utilisation [des neurosciences] par les accusés pour dire que leur cerveau leur a fait faire cela», poursuit-elle dans The Guardian. Utilisées dans 30 cas de crimes hors homicide en 2005, elles l’étaient dans 100 en 2012.

Des IRM (imagerie par résonance magnétique) du cerveau sont effectués par les avocats de la défense, pour démontrer que l'accusé s’est comporté d’une manière plus impulsive et plus violente à cause de certaines caractéristiques neurologiques. Le recours aux IRM est surtout utilisé dans les cas impliquant des adolescents, à cause des spécificités de leur cerveau. Car ces derniers réagissent plus que les adultes en réponse à une menace extérieure, la zone de leur cerveau impliquée devant fournir plus d'effort pour inhiber un comportement impulsif.

Dans un cas récent de possession de drogue, note NPR, les avocats de l’adolescent jugé ont fait annuler du dossier d’accusation une déclaration qu’il avait faite à la police, s’appuyant sur une étude montrant que les adolescents étaient très sensibles à la contrainte.

Kristina Caudle, professeure en neurosciences au Weill Cornell Medical College, explique dans NPR que la discipline permet de mieux comprendre le développement du cerveau des adolescents d’une manière générale mais «qu’elle ne permet pas de prédire, par exemple, si un adolescent en particulier pourrait être impulsif ou avoir un comportement criminel».

Le problème, souligne Farahany, c’est que ces études donnent des résultats statistiques sur un échantillon de population et ne peuvent être appliquées à un individu particulier. Cette dernière s’inquiète dans le Guardian de cette utilisation à mauvais escient de résultats scientifiques, qui pourraient finir par décrédibiliser les neurosciences elles-mêmes.

D'autant que comme le notait sur Slate Daniel Engber récemment, les Américains ont été victimes ces dernières années d'une «épidémie de neuro-blabla», les neurosciences et leurs fameux IRM ayant été invoqués pour expliquer à peu près tout, des comportements amoureux aux choix politiques de chacun en passant par les mécanismes de la consommation...

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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