Économie / Monde

La dure vie de pirate de base au large des côtes somaliennes

Temps de lecture : 2 min

U.S. Forces in Somalia - Department of Defense Joint Combat Camera Center DD-SD-00-00801 / expertinfantry via Flickr CC Lisence By

«Prostituées, esclaves, khat, alcool et voitures de luxe.» Non, il ne s’agit pas du lancement du prochain reportage produit par Bernard de la Villardière, mais d’extraits d’un rapport de la banque mondiale [PDF] sur l’économie de la piraterie dans la corne de l’Afrique. Une étude très intéressante réalisée avec Interpol et l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, qui inclut des interviews avec plus de 30 personnes impliquées dans la piraterie au large des côtes somaliennes, détaille Bloomberg, et permet de mieux connaître les règles du milieu et le mode de vie des pirates.

On y apprend ainsi que les fantassins de la piraterie, les travailleurs de base qui abordent un navire, récupèrent entre 30.000 et 75.000 dollars (55.000 euros) chacun pour une opération, soit 1% à 2,5% de la rançon demandée. Le chef d’équipe peut toucher un bonus de 10.000 dollars (7.400 euros). Un ancien pirate donne l’exemple d’une opération qui a permis de récolter 2,5 millions de dollars de rançon. Il a été payé 40.000 dollars (29.500 euros) et son commanditaire, autour de 800.000 dollars (590.000 euros).

Les «loisirs» constituent le premier poste de dépense de ces pirates, incluant l’alcool, le khat et la prostitution. Les prostituées viennent de Djibouti, de Somalie et d’Ethiopie. Le khat est souvent fourni aux pirates à crédit dès le début de l’opération, et déduit ensuite de leur paie.

Les petits fantassins se font en fait sérieusement escroquer par leurs employeurs, qui leur prêtent de l'argent avec 100% d'intérêts. Si par exemple un pirate veut utiliser 10 minutes d’antenne pour téléphoner, cela lui coûte 10 dollars. Mais s’il demande crédit jusqu’à ce qu’il touche sa paie, il devra rembourser le double... Des pénalités sont prévues en cas de mauvais comportement. Maltraiter l’équipage coûte 5.000 dollars (3.700 euros), s’endormir au poste, 5.000 autres.

«Ce système, détaille le rapport, est une des raisons pour lesquelles la plupart des pirates trouvent difficile d’arrêter après leur première expédition; ils contractent souvent tellement de dettes qu’il ne leur reste plus rien une fois leurs emprunts remboursés.»

Selon le rapport, les pirates ont réussi à prendre en otage les équipages de 179 bateaux entre avril 2005 et décembre 2012. 339 à 413 millions de dollars (entre 250 et 305 millions d'euros) auraient été récoltés sur la période.

Jean-Laurent Cassely Journaliste

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