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Regardez comment marchait un dinosaure de 40 mètres de long

Michel Alberganti, mis à jour le 30.10.2013 à 17 h 03

Le squelette du dinosaure original, un Argentinosaurus huinculensis du Museo Minicipal Carmen Funes à Neuquén en Argentine. - Photo : Bill Sellers, université de Manchester

Imaginez un animal dont la longueur serait presque égale à la largeur... d’un terrain de foot. Sans que ses mensurations atteignent celles d’un Godzilla, vous obtiendrez un Argentinosaurus huinculensis de la fin du Crétacé, c’est-à-dire ayant vécu il y a plus de 94 millions d’années. Mais comment pouvait-il bien marcher? Comment parvenait-il à mettre en mouvement ses 80 tonnes à l’aide de ses seules ses quatre jambes?   

Telle est la question à laquelle une équipe de chercheurs de l’université de Manchester associés à des scientifiques du musée Carmen Funes à Neuquén en Argentine, là où se trouve un squelette complet de l’animal, ont décidé de répondre. Histoire d’en savoir un peu plus que ce que nous montre le film de Steven Spielberg, Jurassic Park (1993).

Le problème de paléontologie s’est vite transformé en un casse-tête informatique. L’objectif était en effet d’obtenir une simulation numérique de la marche du mastodonte. «C’est le seul moyen de rassembler toutes les informations collectées sur un dinosaure, explique Bill Sellers, le chercheur qui a dirigé les travaux. Vous pouvez ainsi reconstruire sa façon de marcher.»  

Après la numérisation laser des 40 mètres du squelette d’Argentinosaurus, les calculs à effectuer sur une telle masse de données a constitué un défi informatique. «Nous avons utilisé une puissance équivalente à celle de 30.000 ordinateurs de bureau pour que le dinosaure puisse refaire son premier pas» depuis près de 100 millions d’années, note Lee Margetts, qui a également participé au projet.

Le résultat est la hauteur des espoirs des chercheurs. L’étude démontre que l’Argentinosaurus était plus que capable de se promener dans les plaines de ce qui est aujourd’hui la Patagonie, en Amérique du sud. Bill Sellers a utilisé un logiciel qu’il a développé lui-même, Gaitsym, pour analyser la locomotion de l’animal en fonction de son squelette.

«Il est important de noter que ces animaux sont si différents de ceux que nous connaissons aujourd’hui qu’il est impossible de simplement les copier. Notre système d’apprentissage fonctionne uniquement avec les informations que nous avons obtenues sur ce dinosaures et fournit des hypothèses sur les modèles de mouvement les plus probables», indique Bill Sellers.


Les pas de géant d'un dinosaure de 40 mètres de...

Le résultat de la simulation montre que les 80 tonnes de l’animal réparties sur 40 mètres de long pour une quinzaine de mètres de haut pouvaient se déplacer à 2 mètres par seconde, soit plus de 7 km/h. Soit sensiblement plus vite qu’un homme qui marche (environ 5 km/h). Si nous avions existé, nous aurions pu courir pour échapper à l’Argentinosaurus, de peur d’être écrasé par cet herbivore.  

Outre le spectacle de la marche reconstitué du mastodonte, les travaux des chercheurs pourrait avoir des applications dans la compréhension des systèmes musculosquelettiques et pour le développement de robots, comme l’explique Bill Sellers:

«Tous les vertébrés, des hommes aux poissons, partagent les mêmes muscles essentiels, les mêmes os et les mêmes articulations. Pour comprendre comment tout cela fonctionne, nous comparons comment ces composants sont utilisés par différents animaux. Et le plus intéressant vient souvent des extrêmes. Argentinosaurus est le plus gros animal ayant jamais marché sur Terre et le fait de comprendre comment il faisait nous apprendra beaucoup sur les performances maximales du système musculosquelettique des vertébrés. Ce qui éclairera comment notre propre système fonctionne.

De la même façon, si nous voulons fabriquer des robots sur pattes, nous devons en savoir plus sur la mécanique des membres inférieurs dans une série d’animaux. Et aucun d’entre eux ne possède des pattes plus grosses et puissantes que l’Argentinosaurus.»

Les chercheurs de l’université de Manchester, dont les travaux sont publiés dans la revue PLOS One, projettent de recréer la marche d’autres dinosaures dont le Triceratops, le Brachiosaure et le T. rex.

M.A.

Michel Alberganti
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