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Sommes-nous prêts à payer pour limiter le réchauffement climatique?

Michel Alberganti, mis à jour le 25.10.2013 à 7 h 07

Selon une expérience qui vient d'être menée en Allemagne, cela ne sera le cas que si on nous assure des contreparties à court terme.

Melbourne World Environment Day 2011. CO2 costs the earth> Takver via Flickr CC License by.

Melbourne World Environment Day 2011. CO2 costs the earth> Takver via Flickr CC License by.

Après le dernier rapport du Giec, qui réaffirme la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique, la question du passage à l’acte pour limiter celui-ci est encore plus d’actualité. On n’imagine guère que les mesures prises pour limiter les émissions de CO2 puissent s’appliquer sans un investissement initial, qu’il s’agisse des économies d’énergie grâce au renforcement de l’isolation des bâtiments ou du démarrage industriel de nouvelles sources d’énergie renouvelable.

Les échecs répétés des grandes conférences internationales sur le climat sont largement dus au refus des Etats de consentir à cet investissement d’avenir. Il est toujours délicat d’accepter un sacrifice financier immédiat lorsque le bénéfice pour la société est annoncé pour les décennies ou les siècles à venir.

Une équipe internationale de chercheurs dirigée par Manfred Milinski, du Max Planck Institute for Evolutionary Biology (Allemagne), s’est penchée sur le problème de la prise en charge d’un tel risque collectif. «Notre expérience est fondée sur un essai écrit par Thomas Schelling, prix Nobel d’économie, en 1995», explique Manfred Milinski.

Selon l’auteur, tout le problème de la lutte contre le réchauffement climatique réside le délai entre l’action et le résultat. Ce sont les générations actuelles qui doivent consentir un effort et les générations futures qui en récolteront les fruits. Une telle analyse, plutôt déprimante, est-elle exacte?

Pour réaliser leur expérience, les chercheurs ont utilisé l’un des jeux de société qui servent souvent à évaluer les comportements économiques. Les participants ont reçu une somme d’argent et ont été invité à faire des donations d’une part de ce capital au fil de plusieurs tours de table. La somme correspondant à chaque don est doublée et répartie de façon égale entre tous les joueurs. Tout ce qui n’est pas donné va directement dans la poche du joueur. Dans de tels jeux, la stratégie la plus profitable est donc de ne rien donner soi-même et de profiter de l’altruisme des autres participants.

Les chercheurs ont modifié les règles afin de tenir compte du changement climatique. Chaque joueur à reçu 40 € et participé à 10 tours de table pendant lesquels il devait décider de donner ou non. Les sommes collectées étaient censées être investies dans une campagne de publicité visant à stimuler la lutte contre le réchauffement climatique.

Avec un bonus: les groupes ayant donné plus de la moitié de leurs fonds se trouvaient symboliquement protégés des impacts négatifs du changement climatique et recevaient une prime de 45 € par participant. A l’inverse, si le groupe donnait moins, tous ses membres avaient 90% de chance de perdre leur capital.

Il restait à étudier l’impact du délai entre l’effort et la récompense. Pour l’évaluer, les chercheurs ont établi trois scénarios. Dans le premier, les gains étaient distribués le lendemain de l’expérience. Dans le second, le délai était porté à sept semaines. Dans le troisième, les joueurs ne recevaient rien mais leurs gains servaient à financer la plantation d’un chêne. Ce dernier contribuerait à la réduction du CO2 de l’atmosphère pendant la vie du joueur et il fournirait du bois de construction aux générations suivantes.

Les résultats obtenus par les chercheurs montrent qu’aucun des onze groupes de participants du troisième scénario, avec le chêne comme récompense, n’a atteint l’objectif de donation de 120€. En moyenne, seulement 57€ ont été affectés au changement climatique, soit moins de la moitié de l’objectif. Dans le premier scénario, celui du gain immédiat, sept des dix groupes de joueurs ont réussi et les joueurs ont donné en moyenne 108 €. Dans le second scénario, avec un gain reporté dans le temps, quatre groupes sur dix ont réussi et la donation moyenne a atteint 83€.

Pour Manfred Milinski, le résultat de l’expérience «dépeint une sombre image du futur». «Nous pouvons confirmer la prédiction de Schelling. C’est un désastre», ajoute-t-il.

Sur un mode moins désespéré, l’expérience peut convaincre que la perspective d’un gain à long terme n’est pas suffisante pour stimuler des investissements immédiats. Pour Jochem Marotzke, du Max Planck Institute for Meteorology, «la protection du climat ne sera efficace que si les gens qui font un effort sont également ceux qui obtiennent un bénéfice à court terme, par exemple en exportant des technologies douces pour le climat».

M.A.

Michel Alberganti
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