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L'éducation nutritionnelle, ça n'est pas que dessiner des carottes

Lucie de la Héronnière, mis à jour le 24.10.2013 à 14 h 33

Trois témoignages sur la façon dont les élèves de maternelle et de primaire apprennent —de manière plus ou moins bien organisée— à bien manger.

Karotten/ carots/ Oliver Hallmann via Flickr CCLicence By

Karotten/ carots/ Oliver Hallmann via Flickr CCLicence By

Le jeudi 17 octobre, Nathalie Kosciusko-Morizet était invitée sur le plateau de la chaîne LCI. La candidate à la mairie de Paris a attaqué la réforme des rythmes scolaires et abordé la question de l’éducation nutritionnelle en parlant d’une histoire de carottes

«Je n’aime pas donner comme exemple mes enfants, mais écoutez, franchement, mon fils de 4 ans, deux fois par semaine, deux fois 1h30, il fait éducation nutritionnelle. Vous savez ce que c’est, éducation nutritionnelle? Cela consiste à dessiner des carottes! Avec une ATSEM, qui essaye de faire de son mieux. J’ai déjà trois magnifiques dessins de carottes. Donc il est fatigué, il est claqué, on lui a élargi ses horaires, mais trois heures par semaine, il dessine des carottes!»

Dessiner des carottes, pourquoi pas, quand on sait que 87% des enfants ne savent pas reconnaître une betterave? Mais bon, en vrai, l’éducation nutritionnelle à l’école ne ressemble quand même pas à un atelier de crayonnage de tubercules.

En théorie, l’éducation à la santé «fait partie du socle commun de connaissances et de compétences. Elle s’appuie sur les enseignements, les actions éducatives et la vie scolaire». L’éducation nutritionnelle, au goût et à la consommation est comprise dans cette thématique. 

On la retrouve dans les programmes: au cycle I, les élèves sont «intéressés à l’hygiène et à la santé, notamment la nutrition, ils découvrent les parties du corps et les cinq sens». Au cycle II, ils «repèrent les caractéristiques du vivant (nutrition et régimes alimentaires des animaux) et apprennent les règles d’hygiène et de sécurité personnelles et collectives». Au cycle III, ils «découvrent le fonctionnement du corps humain, en particulier les actions bénéfiques ou nocives des comportements dans le domaine du sport, de l’alimentation et du sommeil». 

«Bien manger, ça s'apprend»

Et en pratique? En dehors de toutes considérations sur la réforme, j'ai demandé à trois personne qui agissent à l'école ce qu'est vraiment l'éducation nutritionnelle dans les classe de maternelle et primaire, leur définition ainsi que les façons de mettre en place ces apprentissages. Trois exemples non exhaustifs de ce qui se fait dans des écoles françaises…

Emmeline Verriest, directrice de l’association Aux goûts du jour, basée à Quimper, travaille sur l’éducation alimentaire, notamment à destination des enfants. A la demande des écoles, des intervenants de l’association interviennent en classe:

«Nous partons du principe que bien manger, ça s’apprend. Il vaut mieux parler d’éducation alimentaire, terme plus large qui comprend l’éducation nutritionnelle, mais aussi l’éducation au goût, à la consommation responsable. L’alimentation est un thème tellement large, on touche à de nombreux domaines…

Ceci englobe des apprentissages très variés: d’où viennent les aliments? Comment sont-ils fabriqués? Quelles sont les matières premières utilisées? Un enfant m’a affirmé récemment qu’ un yaourt est fabriqué avec des œufs…

Nous travaillons aussi à éveiller l’esprit critique, par exemple par l’analyse de publicités, en comparant avec les réalités des aliments. Les repères nutritionnels sont importants, mais ne servent à rien s’ils ne sont pas appliqués. Donc, au lieu de marteler des slogans, on explique comment être en bonne santé au quotidien, ou on essaye de prouver que les légumes, c’est bon!

En pratique, dans les écoles, nous organisons par exemple des ateliers de "cuisine scientifique", "à la découverte des cinq sens" ou encore "savoir manger, savoir acheter", pour apprendre à décrypter les étiquettes. En ce moment, on se penche beaucoup sur la lutte contre le gaspillage alimentaire. En tous cas, l’éducation alimentaire est un vrai métier».

Voilà ensuite Aurélie, jeune institutrice en région Rhône-Alpes:

«A l’IUFM, il n’y avait pas de cours obligatoires sur l’éducation nutritionnelle… J’ai fait une formation optionnelle d’une semaine, mais à vrai dire, je n’ai pas retenu grand chose. Cela fait partie des programmes, dans la partie "éducation à la santé".

Mais en pratique, nous n’avons pas beaucoup de temps à y consacrer, surtout dans les classes élémentaires, les programmes sont déjà très chargés. Il existe des "mallettes pédagogiques" consacrées à la nutrition, mais elles sont très chères, peu d’écoles ont les moyens. Je trouve qu’il serait intéressant que l’intervention d’experts en nutrition soit obligatoire…

Chaque enseignant s’adapte, fait selon ses idées et ressources. Par exemple, l’année dernière, avec ma classe de maternelle, nous avons mené un projet autour du pain. On a goûté différents pains, visité une ferme pédagogique pour voir la fabrication, vu un spectacle à ce sujet…

Pour les plus jeunes, il est surtout intéressant de faire de l’éducation au goût: nous avons aussi semé des radis, puis on les a goûtés tous ensemble, pour décrire le goût, parler des différences entre sucré et salé. On a aussi cuisiné une tarte à la rhubarbe, pour découvrir ce goût spécial…»

«Une activité ludique et pas trop longue»

Laetitia Knopik, enfin, est diététicienne indépendante à Rouvroy (Nord-Pas-de-Calais). Elle intervient souvent dans des écoles à la demande des enseignants et compte informer les parents en même temps que les enfants, puisque l'éducation nutritionnelle, ça se passe aussi évidemment à la maison... 

«L’éducation nutritionnelle, c’est apprendre aux enfants à avoir une bonne alimentation, équilibrée, mais aussi leur enseigner le plaisir de manger et de découvrir de nouveaux aliments.

La grande difficulté, surtout en maternelle, est de leur faire apprécier les légumes… Après, en primaire, il n’est pas aisé de faire comprendre aux enfants les quantités de sucre dans chaque aliments ou boisson, j’essaye de leur faire visualiser avec des morceaux. Et je suis très étonnée de voir que des enfants, dès le CM1, consomment déjà des boissons énergisantes!

Concrètement, je prépare mes ateliers dans les écoles en fonction de la demande. Cela peut tourner par exemple autour du petit déjeuner et des trois groupes d’aliments nécessaires, ou de la découverte des fruits et des légumes en allant faire un tour au marché... Quand je demande "D’où vient le lait?" et qu’un enfant me répond "Du rayon frais du supermarché", je suis encouragée à travailler aussi sur l’origine des aliments.

Dans tous les cas, pour que le message clé passe, je fais en sorte que l’activité soit ludique et pas trop longue (30 minutes pour les maternelles, 45 minutes pour les primaires). On termine souvent par une petite dégustation…

Dans certaines communes, on organise des ateliers parents/enfants qui se terminent par un moment de cuisine à 4 mains. Il ne faut pas oublier que l’éducation alimentaire, ça se passe aussi à la maison. Les enfants peuvent être des vecteurs d’informations auprès des parents.» 

Lucie de la Héronnière

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Journaliste
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