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Nous savons ce qui nous soumet à la tentation. Et Dieu n'a rien à voir là-dedans

Jean-Yves Nau, mis à jour le 23.10.2013 à 12 h 09

Des chercheurs français ont découvert pourquoi certain(e)s cèdent à l’immédiateté des plaisirs. Tout se passerait dans leur hippocampe.

REUTERS/Regis Duvignau

REUTERS/Regis Duvignau

L’Inserm est une institution publique dévolue à la recherche médicale. Ce qui n’interdit pas à certains de ses membres d’emprunter des chemins bien détournés. Et de le revendiquer. C’est le cas aujourd’hui avec la publication dans la revue Plos Biology d’un travail fort peu banal. Il a été effectué par une équipe dirigée par Maël Lebreton et le Dr Mathias Pessiglione. Tous travaillent dans différentes structures situées au sein de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière ainsi que de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Epinière.

Nous sommes ici aux confins des neurosciences et de la théologie: Plos Biology côtoie la prière du «Notre Père». Dans l’un et l’autre cas, on traite de la tentation. La seconde implore le Dieu chrétien de ne pas y soumettre son pauvre pécheur. La revue, elle, ouvre ses colonnes à sept chercheurs qui ont voulu comprendre non pas pourquoi Dieu voudrait tester nos capacités de résistance mais bien comment il s’y prend. Et leurs résultats, assure l’Inserm, ne manqueront pas d’intéresser les marchands du Temple.

La méthodologie employée n’a rien de bien sorcier. Il suffit d’un peu d’imagination, de quelques volontaires  et d’un appareil d’imagerie cérébrale par résonance nucléaire (IRM). Une fois la boîte crânienne des volontaires dans la machine, les volontaires étaient soumis à un dilemme financier: préféraient-ils percevoir 10 euros dans l’instant ou 11 euros demain?  Ces scientifiques avaient ainsi déjà découvert où cette question était disséquée: dans la région «dorso-latérale du cortex préfrontal»; un territoire cérébral déjà bien connu depuis longtemps  pour jouer un rôle dans la maîtrise des comportements. C’est ainsi que les personnes atteintes de dégénérescence du cortex préfrontal affichent une impulsivité excessive pour tous les types de choix.

Les chercheurs français ont voulu aller plus loin. Aussi ont-ils varié les plaisirs en pianotant sur le gustatif alcoolique (une bière tout de suite ou une bouteille de champagne dans une semaine?). Les cobayes devaient choisir entre des récompenses immédiates (présentées sous forme de photographies) et des récompenses ultérieures (présentées sous forme de textes).

Dans ces cas de figure, le siège cérébral de la décision change: la capacité à sélectionner les récompenses futures était corrélée au degré d’activité d’une autre région cérébrale ; une région précieuse: l’hippocampe.

Il fallait parachever la démonstration: le même test a été réalisé chez des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, affection dégénérative qui provoque des lésions de ce même hippocampe. Tous ces malades s’orientaient spécifiquement vers les récompenses immédiates, tout se passant comme si les récompenses futures leur demandaient un trop grand effort d’imagination. Pour le Dr Pessiglione, il ne fait plus de doute que l’hippocampe est nécessaire pour imaginer les situations futures «avec une richesse de détails qui les rendent suffisamment attrayantes».

On savait depuis longtemps que cette structure est essentielle pour enregistrer les épisodes passés. Nous savons désormais qu’elle était également impliquée dans la simulation des situations futures. C’est pourquoi les personnes ayant des lésions de l’hippocampe souffrent à la fois de déficits de mémoire, mais également de difficultés à imaginer des objectifs qui pourraient s’opposer à l’attrait des récompenses immédiates et motiver leurs actions sur le long terme. Ce serait donc l’hippocampe, en somme, qui nous permet (ou pas) de sublimer.

J.-Y.N

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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