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Buzzfeed se lance en France en faisant traduire ses articles par les internautes

Maïlys Masimbert, mis à jour le 14.10.2013 à 18 h 12

Dictionary. Dylan Cantwell via FlickrCC License by

Dictionary. Dylan Cantwell via FlickrCC License by

Buzzfeed, le site des chatons mignons, des listes indispensables et plus récemment de l’actualité internationale, va lancer ses versions française, espagnole et portugaise d'ici quelques semaines (le 4 novembre en France), a annoncé lundi le site américain.

On aurait pu s’attendre à ce que John Peretti, le patron du site aux 85 millions de visiteurs, ouvre un bureau en France, en Espagne et au Brésil —comme l’avait fait le Huffington Post dont il est un des co-fondateurs— au moment de sa création en France. Mais non. Peretti se contentera de traduire, au moins dans un premier temps, les articles du site anglophone, et c’est là qu’est toute l’astuce, explique le Wall Street Journal:

«BuzzFeed n’utilisera pas de traducteurs professionnels pour créer [les articles]. Au lieu de cela les messages seront traduits par des foules de personnes parlant une langue étrangère, qui apprennent l’anglais en utilisant une application appelée Duolingo.»

Pas de traducteurs professionnels? Certes, pour bon nombre d’articles, les photos se suffisent à elles-mêmes, mais de temps en temps, il est quand même nécessaire de très bien comprendre l’anglais pour savoir de quoi il retourne. Surtout quand les contenus les plus drôles de Buzzfeed sont bourrés de références.

C'est là qu'intervient le génie de Buzzfeed, le site qui ne paie pas toujours ses photos: le site ne va pas rémunérer ses traducteurs, ce sont les traducteurs qui vont faire gagner de l'argent à Buzzfeed en utilisant non pas Google Translate comme l'ont dit certains twittos facétieux, mais l'application Duolingo.

Lancée fin 2012 sur l’AppStore, l’application est déjà un carton. Son fondateur Luis Von Ahn déclarait avoir dépassé le million de téléchargements en juillet dernier. Elle permettrait aux utilisateurs d’apprendre une langue étrangère. Au fur et à mesure qu’ils progressent dans l’apprentissage, ils doivent traduire des textes en guise de validation d’acquis. Et c’est là qu’intervient BuzzFeed, en proposant ses propres articles. Bingo!

Articles proposés en traduction via Duolingo

Luis Von Ahn explique au Journal du Net:

«Notre business model repose sur ce que nous avons baptisé le crowdsourcing de la traduction. Nous proposons aux utilisateurs de mettre en pratique les concepts qu'ils viennent d'apprendre en les appliquant à des articles qu'ils sont chargés de traduire pour le compte d'éditeurs partenaires qui, eux, nous payent. Ça marche d'autant plus que 50% de nos utilisateurs acceptent d'effectuer ces exercices. Notre parc de traducteurs va donc en s'aguerrissant.»

Selon les développeurs de l’application, cités dans un autre article du Journal du Net:

«La qualité de la traduction égale celle de traducteurs professionnels. Par contre, la vitesse, l’échelle et le prix de la traduction équivalent ceux d’un traducteur automatique.»

A Slate, comme on n'a pas d'accord avec Duolingo, on a voulu tester, pour savoir si ça valait vraiment le coup d’utiliser des vrais gens en apprentissage plutôt qu’un bon vieux coup de Google Translate. Démonstration avec quelques titres de la page d'accueil:

Proposition Google Translate: «19 raisons d'être célibataire est en fait assez impressionnant»

Proposition Google Translate: «Un classement totalement scientifique de 24 athlètes masculins Tourné Sous Modèles»

Bon, mais pour être honnête, il faut avouer que la qualité de Google Translate s'est quand même nettement améliorée. Les traductions proposées pour d'autres titres ne sont pas si mauvaises que ça.

Ce n’est pas la première fois que les internautes sont mis à contribution. En 2009, Google a racheté le système reCaptcha, ces petits textes qu’on vous demande de saisir «pour prouver que vous n’êtes pas un robot». M. Von Ahn –oui oui le même que pour Duolingo– a eu l’idée de placer des mots tirés des livres scannés pour intégrer la base de données Google Books. Ou comment faire travailler ensemble humains et machines.

Pour autant, ce partenariat n’enchante pas tous les utilisateurs qui s’interrogent sur la pertinence des articles à traduire. Qu’ils soient jeunes ou plus âgés, on peut se demander qu’elle est la valeur pédagogique d’un article comme celui-ci (NSFW) par exemple.

Selon Von Ahn, BuzzFeed est le premier d’une longue série de clients, prêts à payer pour obtenir une traduction de ses articles. Avec son million d’utilisateurs, le fondateur de l’application estime pouvoir empocher «des millions de dollars» par an avec ces travaux.

Maïlys Masimbert
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