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Pourquoi il faut choisir son verre aussi soigneusement que son whisky

Christine Lambert, mis à jour le 12.10.2013 à 16 h 50

Les single malts sont tatillons sur le godet qui les accueille, et ils ont bien raison. Voici tous les exemples à ne pas suivre (quoique…). Et tous ceux que l’on peut imiter. Allez, les verres!

Distillerie Glenfiddich à Dufftown, en Ecosse, en janvier 2013.  REUTERS/David Moir

Distillerie Glenfiddich à Dufftown, en Ecosse, en janvier 2013. REUTERS/David Moir

Dans les westerns d’Howard Hawks, les héros fatigués le descendent au goulot. Dans les pastiches modernes de Tarantino, on le siffle en rasades. Jethro Leroy Gibbs, le boss de la série NCIS, le boit dans sa cave, dans des mugs ou des pots à confiture où il stocke ses pinceaux – sans doute pour oublier la pire coupe de cheveux de l’histoire de la télé (oui, devant Pujadas).

Dans Skyfall, le dernier James Bond, Daniel Craig le sert dans des tumblers en cristal taillé – c’était bien la peine d’abandonner la vodka Martini pour le Macallan 50 ans! Idem pour les protagonistes de Mad Men, mais comme ils y ajoutent souvent de la glace, disons que c’est une bonne excuse.

Le 7e art regorge de ces gestes romanesques et virils à souhait qui forgent la légende des spiritueux. Mais au cinéma, gratter une allumette pour allumer sa cigarette suffit à éclairer un stade. Dans la «vraie» vie, non. Dans la vraie vie, pour apprécier pleinement toutes les qualités d’un bon scotch, il faut choisir son verre avec autant de soin que son whisky. On vous l’avait promis: le sujet méritait un article. Le voici.

1.  On évite les tumblers (sauf si…)

Ces verres larges et courts bien campés sur leur gros cul ont gagné le titre de «verres à whisky» dans le seul objectif de vous égarer. Ils font à jamais partie du cliché «fauteuil club, jambes croisées, esthète nonchalant(e), vieux scotch à la main»… bien qu’il soit impossible de capter les arômes complexes d’un single malt en y plongeant le nez.

Les tumblers, à vrai dire, ne possèdent qu’une vertu: accueillir les glaçons en les mettant à l’aise et les faire joliment tintinnabuler sur le bourbon – mais vous ne souhaitiez pas jouer un concert, si?

On les réserve donc aux cocktails «secs» ou courts (par opposition aux «long drinks», très allongés): Whisky Sour, Old Fashioned, Sidecar twisté au scotch (remplacez le cognac par un Bowmore 12 ans, par exemple)… où les zestes d’agrumes s’ébrouent plaisamment sur la glace.

2. On oublie les verres hauts (à moins que…)

Il suffit d’observer l’un de ces verres hauts où l’on sirote la limonade (le pastis s’il est étroit) en plein été pour comprendre qu’inhaler les flaveurs du dram perdu au fond relèvera de la mission impossible. Le seul whisky que l’on tolérera d’y voir versé sera servi en long drink, à la japonaise: en Highball noyé dans l’eau gazeuse sur glace, ou en  Mizuwari, allongé 2 à 3 fois d’eau avec des glaçons.

Comme avec les tumblers, on ne sort le service qu’à la condition d’y servir des cocktails très dilués – Highland Cooler, Collins, scotch/ginger ale…

3. On zappe (presque) les timbales et les mugs

Ils souffrent d’un double handicap: trop larges, comme leurs congénères ci-dessus, ils rendent de plus impossible la juste appréciation de la robe du whisky, soit l’excitation du premier sens, la vue. Mais. Il y a toujours un «mais». Si le Mint Julep, ce cocktail du sud des Etats-Unis ancêtre du Mojito, arrive traditionnellement servi dans un gobelet de métal (argent ou étain à l’origine), c’est pour une excellente raison: on réservait autrefois les timbales au froid avant d’y verser le bourbon, le sucre, la glace pilée piquée de menthe pour un effet rafraîchissant durable – le métal conservant plus longtemps la température, basse ou élevée.

Quant aux mugs et aux choppes, bien qu’ils aient l’heur de voir souvent passer l’eau de vie glissée en douce dans les grogs, dans ces proches contrées où tout ce que le whisky ne soigne pas est incurable, qu’ils restent dévoués à l’Irish Coffee !

4. On jette les verres colorés ou opaques (bien que…)

Comme les mugs et les timbales, on évite les verres opaques ou colorés qui empêchent d’admirer la robe du whisky. Question de bon sens. Laissons ces excentricités au champagne dont les flûtes rococos scintillent sur tous les tons dans les soirée vaguement branchées. Le scotch s’apprécie en toute simplicité, en pleine transparence.

La seule exception tolérée: lors des dégustations professionnelles «à l’aveugle», où les connaisseurs se voient présenter des whiskies sans en distinguer la bouteille ni l’étiquette, les spiritueux sont servis dans des copitas noires (plutôt bleu nuit d’ailleurs) pour en masquer volontairement la robe. Ceci afin de pouvoir juger le whisky en toute impartialité, sans préjugés de nom, d’âge ou d’apparence.

5. On se pousse du col

Le parfait verre pour apprécier un beau single malt doit posséder une base suffisamment ample pour que la robe s’y reflète et pour y faire virevolter le whisky d’un mouvement sec et circulaire, afin de l’oxygéner et de l’ouvrir si nécessaire. Et, surtout, surtout, SURTOUT, il doit se terminer sur un col en tulipe qui se resserre pour y concentrer tous les arômes qui se libèrent quand vous y plonger le nez.

Si les professionnels de la dégustation sont surnommés des «nez», c’est parce que l’essentiel de l’évaluation d’un whisky se fait grâce à cet organe qui a du pif, pas avec la bouche.

Ni trop petit, ni trop grand : le verre idéal est juste à la bonne taille, vous dirait Boucle d’Or si les frères Grimm avait eu l’heureuse idée de faire boire les 3 ours. On y verse la juste mesure de whisky et il doit éveiller autant de sens que possible – au moins 4 sur les 5.

La copita à sherry, petit verre à pied en cristal, appelée aussi nosing glass, est la plus utilisée dans les dégustations professionnelles (où elle se présente en outre graduée, pour y ajouter l’eau jusqu’à parfaite dilution). Depuis le début des années 2000, le Glencairn tend à s’imposer comme «le» verre à whisky officiel, adoubé par l’industrie puisque toutes les distilleries ou presque le proposent gravé à leur nom en boutique.

Il s’agit d’un verre col tulipe posé sur un pied très court et épais. Dans le même esprit, on trouve aussi des verres sans pied avec une forme moins élancée. Peu importe votre choix, retenez simplement ces 2 impératifs: base évasée (mais pas ballon) et col étroit.

Faites-le tourner en le tenant par le pied: le whisky ne se réchauffe pas entre les mains, contrairement au cognac.

6. On fait comme on aime (tu parles !)

Rappelons à toutes fins utiles la règle qui prévaut auprès des amateurs de whisky: consommez-le toujours selon votre goût et vos habitudes, même si vous devez enfreindre toutes les lois du bon sens et du mauvais goût! Savourer un scotch doit rester un moment de pur plaisir. Si vous tenez absolument à le siroter dans un verre tempête ou dans un gobelet à moutarde à l’effigie de Goldorak: Sláinte Mhath (prononcer «slanndjeu va», «excellente santé» en gaélique), comme on dit en Ecosse pour porter un toast, sera notre seul commentaire.

Christine Lambert

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