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Intelligence: la taille compte

Planète Santé , mis à jour le 09.10.2013 à 11 h 02

Non seulement nous grandissons, mais les grands semblent être les plus intelligents. Mais rien ne dit que le monde est plus intelligent pour autant.

Tape Measure / wwarby via FlickrCC License by

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Deux études éclairent d’un jour nouveau les tailles humaines. L’une laisse entendre que les plus grands seraient aussi ceux qui sont dotés d’un quotient intellectuel un peu plus élevé que la moyenne. L’autre établit clairement que nous avons gagné en moyenne onze centimètres en un siècle. Le niveau moyen des QI a-t-il suivi?

La première de ces deux études a été menée auprès de 7.905 personnes provenant de 2.936 familles. Ces dernières font partie de trois cohortes du Colorado ainsi que d’une cohorte australienne du Queensland. Après différentes mesures et analyses les chercheurs de l’université du Colorado constatent une corrélation (faible certes, mais néanmoins présente) entre la taille et le quotient intellectuel (QI) –corrélation indépendante de facteurs environnementaux comme la nutrition.

Au terme de leur analyse, les chercheurs concluent qu’il existerait des gènes qui joueraient à la fois conjointement sur la taille et sur le QI. De plus, les personnes de grande taille seraient statistiquement plus susceptibles de vivre en couple avec des personnes plus «intelligentes» et vice-versa.

Le lien génétique entre la taille et le QI apparaît comme le résultat à la fois d’un phénomène d’homogamie (le fait de vivre avec une personne de l’autre sexe certes, mais qui «vous ressemble») et de l’héritabilité d’un gène qui va justement influencer à la fois la taille et le QI.

La seconde étude est signée par Timothy J. Hatton, professeur d'économie à l'université d'Essex et à l'Ecole de recherche en économie de l’université nationale australienne de Canberra. Elle a été publiée dans les Oxford Economic Papers. Elle conclut notamment à une augmentation moyenne de la taille des hommes de 11 cm entre 1870 et 1980; augmentation tout particulièrement observée durant les périodes difficiles de l’histoire. Telle est la révélation faite à partir d’une analyse de cohortes, majoritairement masculines (du fait des recensements effectués à 31 ans lors du service militaire) concernant une quinzaine de pays européens.

Le taux de croissance représente un centimètre par décennie en moyenne, et ce à des rythmes divers selon les latitudes. Mais ceux observés en Europe dépassent largement ceux observés en Afrique, en Amérique Latine ou en Asie sur la même période.

«En un peu plus d'un siècle, la taille moyenne des jeunes hommes adultes européens a augmenté d'environ onze centimètres, écrit l’auteur. Même si la taille moyenne a fluctué au fil des siècles, la croissance constatée depuis la fin du XIXe siècle est vraiment sans précédent dans l’histoire.»

La taille augmente, la mortalité infantile baisse

Ce travail confirme le fait que les courbes de l’augmentation de la taille moyenne et de la baisse de la mortalité infantile sont très proches. Le taux de mortalité infantile est de 178/1.000 en 1871 et de 120/1.000 pour la période 1911-1915. Il continue de chuter à 41/1.000 en 1951-1955 et à 14/1.000 en 1976-1980.

Pour l’auteur, l’augmentation de l’espérance de vie (d’environ un trimestre par an) est un marqueur du progrès et de l’amélioration générale de la santé de la population (et ce au même titre que l’évolution de la taille). L’universitaire cite notamment l’augmentation du revenu par habitant, les meilleures conditions de vie, une alimentation plus équilibrée et des systèmes de santé nettement plus performants menant à ces progrès.

Différences entre le Nord et le Sud de l’Europe

En Europe du Nord (Danemark, Finlande, Pays-Bas, Norvège et Suède) comme en Europe plus centrale (Autriche, Belgique, Allemagne, Grande-Bretagne et Irlande), la taille a augmenté nettement plus vite pendant la période incluant les deux guerres mondiales et la crise de 1929. L’augmentation a été moins rapide par la suite. En revanche, les pays de l’Europe du sud (Italie, Portugal, Grèce, Espagne) et la France se caractérisent par l'accélération toujours très soutenue après la Seconde Guerre mondiale.

Exemples: les Danois ont gagné en moyenne 1,83 cm par décennie entre 1911 et 1955 mais «seulement» 1,37 cm par décennie par la suite. Ceux nés entre 1976 et 1980 ont une taille moyenne d’environ 1 m 82. En comparaison, les Espagnols n'ont grandi que de 0,79 cm par décennie entre 1911 et 1955 pour atteindre 2,53 cm par décennie entre 1951 et 1980. La génération née entre 1976 et 1980 a une taille moyenne de 1 m 75. Pour ce qui est des Français ce fut 0,57 cm par décennie entre 1871 et 1911, puis 1,10 cm jusqu'en 1951 et 1,16 cm par la suite. La taille moyenne des jeunes adultes nés à la fin des années 1970 est d'environ 1 m 76 ou 1 m 77 (contre 1 m 66 dans les années 1870).

Pour Timothy Hatton, ces données suggèrent que les progrès effectués dans la lutte contre les maladies, notamment infectieuses (qui se reflètent dans la chute de la mortalité infantile), sont le facteur le plus déterminant dans cette augmentation de la taille. Outre l’amélioration sans précédent de l'état de santé général il faut aussi voir ici selon lui les effets de l’éducation et l'amélioration générale de la prise en charge médicale et de l’hygiène.

En conclusion peut-on tirer un enseignement de la conjonction de ces deux études? A priori rien. Sauf démonstration contraire à venir, leur publication conjointe ne semble être que le fait du hasard.

Jean-Yves Nau

Planète Santé
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